Stéphane Troussel (Seine-Saint-Denis) : « Dans les zones denses, il faut agir contre la pollution »

News Tank Cities - Paris - Entretien n°113623 - Publié le 07/03/2018 à 10:47
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Stéphane Troussel. - ©  BENJAMIN BOCCAS

« Le schéma du GPE Grand Paris Express - réseau de transport de la métropole du Grand Paris doit être un compromis entre une vision très économique, qui était celle de Christian Blanc à l’origine, et un existant qui prend acte des déplacements de banlieue à banlieue, et doit rééquilibrer l’est et l’ouest. Plus qu’un plan de transport, c’est un projet de vie territorial. Quant au calendrier, chacun sait qu’il existe des aléas. Si l’on tergiverse, on se met des contraintes. Pour couper court, Emmanuel Macron aurait dû s’emparer plus tôt du dossier. Je veux le GPE dans son ensemble et dans le calendrier initial », indique Stéphane Troussel, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, le 07/03/2018.

Sur le logement social, « il y a un écart flagrant entre le discours d’avant-présidentielle et ce que projette la loi ELAN Évolution du logement et aménagement numérique - Loi « Logement » adoptée le 23/11/2018 par le Parlement . L’article 52 de la loi de finances, sur la réforme des aides au logement, est une vraie remise en cause, avec la baisse des APL Aide personnalisée au logement - aide financière destinée à réduire le montant du loyer ou des mensualités d’emprunt en cas d’accession à la propriété . La loi SRU Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, du 13/12/2000, dont l’article 55 impose un quota de 25 % de logements sociaux en 2025, dans chaque commune de 3 500 habitants est menacée, de même que le rôle des bailleurs sociaux. Dans notre Département, la réforme aboutit à 11 M€ d’autofinancement en moins et donc à des capacités d’emprunt réduites à zéro. Nous demandons des compensations ».

Stéphane Troussel répond aux questions de News Tank.


« Je suis d’accord avec les mesures fortes prises par Anne Hidalgo »

Quelles perspectives donnent les lignes 15 est, 16 et 17 dans le 93 ? Que penser du calendrier incertain ?

Pour couper court, Emmanuel Macron aurait dû s’emparer plus tôt du dossier »

Dans notre Département, ce sont 200 km supplémentaires, dans le cadre d’une double boucle, que nous défendons. Ce programme de transport va de pair avec l’ambition d’aller vers des mobilités alternatives, moins dépendantes de la voiture. Je rappelle, au passage, que nos 330 km de réseau routier départemental nous coûtent cher, après que l'État se soit délesté des routes nationales en 2004. Donc le schéma du GPE doit être un compromis entre une vision très économique, qui était celle de Christian Blanc à l’origine, et une amélioration des déplacements de banlieue à banlieue. Il doit rééquilibrer l’est et l’ouest. Plus qu’un plan de transport, c’est un projet de vie territorial. Quant au calendrier, chacun sait qu’il existe des aléas. Si l’on tergiverse, on se met des contraintes. Pour couper court, Emmanuel Macron aurait dû s’emparer plus tôt du dossier. Pour ma part, je veux le GPE dans son ensemble et dans le calendrier initial.

Outre les lignes du GPE, comment voyez-vous les projets de gare ?

Le foncier départemental doit aider à créer des pôles urbains de qualité »

Un tiers des 68 gares du GPE sont et seront en Seine-Saint-Denis. Ce sont de nouveaux quartiers, des centralités qu’il faut réussir. Le foncier départemental doit aider à créer des pôles urbains de qualité, à l’exemple du carrefour des Six-routes à La Courneuve, qui sera à 15 mn de Saint-Lazare.

Les mesures prises à Paris en matière de circulation ont-elles eu des conséquences, nuisibles, dans votre département ?

Non, je suis d’accord avec les mesures fortes prises par Anne Hidalgo, avec qui le dialogue se passe bien. Dans les zones denses, il faut agir contre la pollution, qui n’a pas de frontière. Il y a une urgence écologique. Cela passe par une réduction de la place de l’automobile dans nos déplacements.

En matière de logement social, touché par la baisse des APL et la restructuration du secteur des HLM voulue par le Gouvernement, quelles sont vos priorités ?

La loi SRU est menacée, de même que le rôle des bailleurs sociaux »

Je suis très inquiet. Le logement rare et cher perdure dans ce pays. Il y a un écart flagrant entre le discours d’avant-Présidentielle et ce que projette la loi ELAN. L’article 52 de la loi de finances, sur la réforme des aides au logement, est une vraie remise en cause, visible avec la baisse des APL et difficile à vivre pour les locataires. La loi SRU est menacée, de même que le rôle des bailleurs sociaux. Dans notre Département, cette réforme aboutit à 11 M€ d’autofinancement en moins, et donc à des capacités d’emprunt réduites à zéro. Nous demandons des compensations. Mais pour l’instant, on ne voit rien venir.

En novembre 2017, vous avez refusé de verser à la CAF la provision pour verser le RSA, quelles suites souhaitez-vous donner à cette action ?

Oui, j’ai fait ce choix car j’ai voulu placer le Gouvernement devant ses responsabilités. Une mensualité de RSA Revenu de solidarité active - Il assure aux personnes sans ressources un niveau minimum de revenu variable selon la composition du foyer. , c’est 40 M€ pour le Département. Le Gouvernement nous a placés dans une forte contrainte financière. Dans l’ensemble des départements, le fonds d’urgence de l'État en faveur des allocations individuelles de solidarité (AIS) est passé de 200 à 100 M€. Et pour la Seine-Saint-Denis, de 24 à 9 M€. Résultat : notre reste à charge se monte à 250 M€, autant que le montant d’investissement en 2018. Il nous faut, malgré tout, assurer les trois aides qui sont le RSA, le PCH Prestation de compensation du handicap pour les handicapés et l'APA Allocation personnalisée d’autonomie pour les séniors. De quelle solidarité parle-t-on ? Pour le même budget alloué, il y a 100 000 personnes au RSA en Seine-Saint-Denis, et moins de 40 000 dans les Hauts-de-Seine. Nous attendons de voir si Emmanuel Macron va recentraliser le financement du RSA.

Pour montrer votre opposition au projet de réforme territoriale du gouvernement et le projet de suppression des Départements, une « journée sans département » a été organisée le 07/02/2018. Pour quel bilan ?

Les agents et services des départements ont suivi l’appel à la mobilisation. Ils voient le risque que le Gouvernement laisse planer avec un Grand Paris sans Seine-Saint-Denis. Or le département est un échelon important. Il crée de l’identité. Un Département, c’est du service public sur le terrain de l'éducation, de la petite enfance, de la solidarité, de la culture, du soutien aux entreprises locales… La Seine-Saint-Denis, c’est le cœur battant de la région parisienne. C’est le département le plus jeune, où les besoins en aménagements sont importants.

La population est-elle vraiment inquiète sur le devenir des Départements ?

C’est difficile à dire. Le débat a été mal posé par le gouvernement, de manière trop technocratique, pas assez démocratique. Il laisse le flou le plus complet s’installer, ce qui n’est pas bon signe.

Pour valoriser le Département et ses habitants, quelles actions emblématiques voulez-vous mettre en lumière ?

Dans le domaine de la mobilité, nous investissons 50 ME sur plusieurs années »

La priorité des priorités, c’est la jeunesse et l'éducation. Dans notre Département, nous gérons en direct 55 crèches collectives et consacrons un budget de 80 M€ à la petite enfance. Pour nos 125 collèges, qui seront 133 en 2020, nous avons investi entre 2010 et 2020 plus de 1,5 Md€. En plus du bâti et des rénovations, nous versons des aides aux élèves de 6e, nous finançons des voyages scolaires, des stages en 3e pour développer l’usage du numérique… Dans le domaine de la mobilité, nous investissons 50 M€ sur plusieurs années, pour réduire la place de l’auto dans le Département et favoriser les modes doux et collectifs. Nous associons aussi les entreprises à notre démarche, avec des chartes d’engagement.

La Seine-Saint-Denis va abriter des équipements dédiés aux JO de 2024. Sentez-vous la population déjà enthousiaste ?

Oui, depuis le 13/09/2017 et la désignation de Paris pour 2024, il y a une vraie mobilisation dans le département. L’engouement va crescendo avec la perspective d’accueillir 17 000 athlètes dans le village olympique et 20 000 journalistes en Seine-Saint-Denis. Nous allons héberger 80 % des sites olympiques. Pour les habitants et le territoire, c’est une chance. Mais ce sont aussi des responsabilités. Je serai exigeant et vigilant sur les retombées pour le Département.

Stéphane Troussel


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Fiche n° 28627, créée le 06/02/2018 à 14:11 - MàJ le 07/04/2021 à 16:37