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Les années Macron et le logement social : le grand malentendu (François Rochon)

News Tank Cities - Paris - Tribune n°389321 - Publié le
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François Rochon - ©  D.R.

Les années Macron, du point de vue du logement et du logement social, pourraient se résumer à un grand malentendu, noyé dans le marasme démocratique global. Car le logement social se place comme un sujet à l’ombre du débat public, demeure l’apanage des spécialistes. Il s’est installé dans une longue pause qui tranche avec le partenariat stratégique historique, entre le secteur du logement social et l’État, écrit François Rochon Consultant politique du logement @ Atelier Saint-Aubert
, docteur en urbanisme diplômé de l’ENPC École nationale des ponts et chaussées et auteur du livre « La République des HLM » paru en 2024, dans une tribune adressée à News Tank le 27/02/2025.

En poussant le curseur de l’action publique si loin dans la technique, dans la dépolitisation, la période a, en quelque sorte, effacé le débat sur les orientations intellectuelles, la visée républicaine, les perspectives d’avenir, réduisant la consistance démocratique du sujet à ce qu’il est convenu d’appeler de la communication, plus précisément du bruit dans la communication, de l’incommunication.

Il paraît donc particulièrement intéressant, faute de mouvement dynamique structuré, a fortiori habituel, de concentrer l’attention durant cette fin de 2e mandat sur les personnalités émergentes multi-positionnées du logement social, et à les encourager activement. le changement politique doit souvent beaucoup à des impulsions conjointes de plusieurs cercles, capables de faire bouger des organisations représentant différents segments de groupes d’acteurs.

Voici la tribune de François Rochon.


Les années Macron, le logement social et la pente néolibérale

Beaucoup a déjà été écrit sur le logement social durant les années Macron. Les points de vue convergent vers l’idée d’une pente néolibérale accélérée, motivée par des considérations générales sur le secteur immobilier, jugé peu productif. L’hypothèse du pouvoir, maintenue jusqu’à présent, veut que la question du logement ne soit pas politique mais technique, et que son financement public générait un effet inflationniste. En matière de logement social, l’afflux de trésorerie venu de la terminaison des prêts issus de la fin des Trente glorieuse donnerait mécaniquement de l’oxygène au système. Réduire le soutien budgétaire devrait donc conduire logiquement à des regroupements stratégiques dans un mouvement vertueux, nécessaire et suffisant.

Le débat public porté par les acteurs du logement social consista d’abord à découvrir, stupéfaits, ce changement de pied de l’État, puis à s’opposer vigoureusement sur le fond, en rappelant la tradition de cette politique publique et, enfin, à devoir admettre l’inflexion pour la même raison, dans un paradoxe confondant : le logement social constitue une émanation indirecte de l’État, il lui incombe de suivre ses directives. Durant des années, le logement social a donc joué de pragmatisme, cherchant des solutions tout en rappelant, plus ou moins en désordre, mais dès qu’une occasion se présentait, qu’il n’adhérait pas à l’infâme ponction sur sa trésorerie, en particulier. À la provocation d’essence marconiste, il opposa sa force d’inertie. En définitive, depuis une décennie, si l’on anticipe la fin du second quinquennat qui pointe déjà, le logement social boude.

Le logement social boude »

D’un côté, la logique du pouvoir a clairement échoué à résoudre la crise du logement à la française, en ce sens que les inégalités criantes en la matière n’ont, a minima, pas été significativement réduites. D’un autre côté, le logement social n’a absolument pas prouvé qu’il était entré dans son IIe siècle d’existence puisqu’il a freiné pour protéger son modèle, l’empêchant d’accélérer dans son évolution. Si la vision macroniste était courte, parce qu’elle méconnaissait volontairement la spécificité de la question du logement et du logement social à la française, dans un choix intellectuel et politique conscient, la vision du logement social s’est révélée tout aussi courte, ou plus précisément écourtée, parce qu’elle campait sur une tradition brandie en symbole, certes légitime, mais selon une argumentation insuffisamment instruite au fond, où lui échappait la compréhension de modifications irréversibles dans sa structure même. En effet, cette problématique renouvelée du logement social pointait dans les analyses, mais sans faire l’objet d’une instrumentation explicite par le secteur dans sa stratégie.

Grand malentendu dans le marasme démocratique global

En définitive, les années Macron, du point de vue du logement et du logement social, pourraient se résumer à un grand malentendu, noyé dans le marasme démocratique global. Car le logement social se place comme un sujet à l’ombre du débat public, demeure l’apanage des spécialistes. Il s’est installé dans une longue pause qui tranche avec le partenariat stratégique historique, entre le secteur du logement social et l’État. En poussant le curseur de l’action publique si loin dans la technique, dans la dépolitisation, la période a, en quelque sorte, effacé le débat sur les orientations intellectuelles, la visée républicaine, les perspectives d’avenir, réduisant la consistance démocratique du sujet à ce qu’il est convenu d’appeler de la communication, plus précisément du bruit dans la communication, de l’incommunication.

Forme neutralisée d’action qui conduit à l’essoufflement »

En se concentrant sur un principe d’urgence permanent attaché aux dispositifs seulement, et non au récit (aujourd’hui aseptisé dans la substantification du terme narratif), en misant sur le présent de la négociation, voire de la seule délibération sans conclusions, plutôt que d’articuler la connaissance de l’histoire et une projection choisie, pour ne pas dire dialectique, il en résulte finalement une forme neutralisée d’action, qui conduit à l’essoufflement, les ingénieurs diraient de l’entropie. Les acteurs du logement social se sont, de ce fait, concentrés sur une posture de bonne gestion, comme ligne de conduite prudente, tout en cherchant à se justifier par la multiplication des petits challenges. En témoigne le goût pour les prix, labels et autres certifications, qui généralisent la logique de pénurie, de compétition, dans la normalisation de la procédure d’appel à projet, conçue non pas pour élire, mais pour éliminer.

Serrant les rangs, par conséquent, la cohorte des dirigeants du logement social s’est peu renouvelée. De façon assez profonde, elle a renforcé le rôle interne des patrons d’organismes, attachés à la consolidation de leurs entreprises et de leurs réseaux d’alliances, voire de leurs territoires, au détriment des instances et du débat sectoriel national. On pourrait donc imaginer cette fin de quinquennat comme un temps intermédiaire où justement, un retour sur le projet d’ensemble du logement social redeviendrait à l’ordre du jour, afin d’anticiper les négociations avec la future présidence de 2027, pour éviter la répétition d’une sidération. Si cette option semble rationnelle, elle porte en elle une fragilité opérationnelle, puisque les huit ans passés sont marqués par une perte de savoir-faire d’élaboration en la matière, de vie démocratique au sens non pas idéaliste ni procédural, mais opérationnel du terme.

Besoin d’un récit explicite et d’instruments d’actions

Il paraît donc particulièrement intéressant, faute de mouvement dynamique structuré, a fortiori habituel, de concentrer l’attention durant cette fin de 2e mandat sur les personnalités émergentes multi-positionnées du logement social, et à les encourager activement. En effet, le changement politique doit souvent beaucoup à des impulsions conjointes de plusieurs cercles, capables de faire bouger des organisations représentant différents segments de groupes d’acteurs. Pour ce faire, l’influence de rares personnalités aux parcours divers, touchant à la politique et à une connaissance experte des pratiques professionnelles, reconnues par leurs pairs, peut être déterminante, constituer un facteur catalyseur.

La force programmatique plutôt que des notes de tendance »

Cela suppose des moyens, c’est-à-dire qu’elles disposent d’équipes de haut niveau derrière elles, et donc de budgets sur des postes relatifs à la stratégie et à la prospective, capable de produire de la force programmatique, et non pas seulement des notes de tendance. De nombreuses études fragmentaires produites durant la période sont à disposition, leur articulation reste à mener dans une visée politique, c’est-à-dire superposant la cohérence d’un récit explicite avec l’efficience d’instruments d’actions renouvelés. Qui saura mener l’opération écrira l’histoire. Et comme disait le général de Gaulle dans son manifeste Au fil de l’épée, « On ne fait rien de grand sans de grands hommes [ndlr : et femmes !], et ceux-ci le sont pour l’avoir voulu ». L’histoire du logement social en compte un certain nombre, pour mémoire, leurs noms se trouvent inscrits sur les portes des salles de réunions… Vous qui lisez cette tribune, prenez leur suite !

La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. La dernière édition a eu lieu le 30/08/2024 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques) sur le thème du logement. Jean-Luc Berho est président de Soliha Solidaires pour l’habitat, réseau PACT et réseau Habitat & Développement Pays Basque, président du conseil de surveillance de la Coopérative de l’immobilier à Toulouse, administrateur de l’association Aurore, administrateur d’Espacité et membre du Conseil national de l’habitat (CNH Conseil national de l’habitat ). La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.

François Rochon


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Parcours

Atelier Saint-Aubert
Consultant politique du logement
Union sociale pour l’habitat (USH)
Chargé de mission / CIFRE
Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés
Projet de recherche doctorale : « Le modèle hlm existe-t-il ? Le logement social dans la politique du logement contemporaine en France »
Association laboratoire français pour la politique de l’habitat
Rapporteur / Cycle de concertation
Union sociale pour l’habitat (USH)
Chargé de communication / CAP Hlm
Confédération Nationale du Logement (CNL)
Chargé de mission / 51e Congrès
Cabinet HQB
Coordination des rencontres nationales du logement et de l’habitat

Établissement & diplôme

Université Paris-Est
Recherche doctorale en urbanisme, aménagement communautaire et régional
École d’urbanisme de Paris (UEP)
M2 Programmation architecturale et urbaine
Université de Poitiers
Maîtirse de géographie

Fiche n° 36313, créée le 10/09/2019 à 14:23 - MàJ le 27/02/2025 à 15:07

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