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Exclusif « Nous devons mettre en place une gestion locale de l'énergie » (Dominique Gros, France Urbaine)

Metz - Publié le vendredi 6 mars 2020 à  9 h 38 - n° 176840 « Nous devons mettre en place une gestion locale de l'énergie. Les collectivités locales, les métropoles, les moyennes et petites villes, par le biais d’intercommunalités, doivent être autorités organisatrices de l'énergie sur leur territoire », déclare Dominique GrosDominique Gros, maire de la Ville de MetzVille de Metz et président de la commission Énergie et développement durable de France urbaineFrance urbaine, le 04/03/2020.

« Les élus locaux sont devenus au fil des décennies des spécialistes des transports en commun, des réseaux d’eau, des réseaux d’égouts, des stations d'épuration. Mais s’agissant de l'énergie, ce n’est pas le cas. Les élus pensent qu’ils n’ont pas à s’occuper de l'énergie car la France est un grand pays, et qu’après 1945, a été inventé EDF-GDF pour prendre en charge ces sujets », indique-t-il. La gestion de l'énergie sur l’ensemble du territoire est prise en charge par les autorités de gestion (Enedis pour l'électricité, GRdFGRDF pour le gaz) par le biais de concessions. « Pendant toute la durée de la concession, les élus n’entendaient plus parler de rien. »

Les élus ont « tout intérêt à mettre en place une politique publique locale de l'énergie, adaptée à leur territoire. Cela permet d’anticiper les coupures de courant, de conserver le réseau dans un bon état et d’aménager du territoire en fonction de la puissance énergétique disponible. Une gestion locale permet la mise en place d’une production et d’une optimisation à l'échelle d’un territoire, avec des des petits réseaux locaux, des unités de production autonomes, des smartgrids… Nombre d’actions peuvent se décider à l'échelle d’une ville, avec des intérêts énormes en termes de transition énergétique », dit-il.

« En Allemagne, des millions de personnes ont des actions dans des unités de production d'énergie carbonée. En France, ce n’est que le début. Nous avons eu l’habitude de déléguer cette responsabilité à une maison mère qui s’est occupée de tout et qui fournissait l'énergie des centrales nucléaires, qu’on est seulement en train de mettre en place des éoliennes, du photovoltaïque, et de proposer aux citoyens de participer. Cela arrive tardivement parce que jusqu'à présent, les grands opérateurs avaient la main autant sur la gestion que sur les sources d’approvisionnement ».

Dominique Gros répond aux questions de News Tank.
Dominique Gros, maire de Metz - © Metz
Dominique Gros, maire de Metz - © Metz

« Pour gérer correctement une ville, il faut être capable de piloter l'énergie »

Selon vous, la gestion de l'énergie diffère des autres compétences des villes. Pourquoi ?

Toutes ces données, nous sommes progressivement en train de nous les approprierLes élus locaux sont devenus au fil des décennies des spécialistes des transports en commun, des réseaux d’eau, des réseaux d’égouts, des stations d'épuration. Ils savent aussi gérer des plans locaux de déplacement, d’urbanisme, des SCoTSCOTSchéma de cohérence et d'organisation territoriale - Créé par la loi SRU du 13/12/2000 : outil de planification stratégique intercommunale à l'échelle d'un large bassin de vie ou d'une aire urbaine. Mais s’agissant de l'énergie, ce n’est pas le cas. Les élus pensent qu’ils n’ont pas à s’occuper de l'énergie car la France est un grand pays, et qu’après 1945 a été inventé EDF-GDF prendre en charge ces sujets. Pourtant, un élu doit s’occuper de ces dossiers. Pour gérer correctement une ville, il faut être capable de piloter l'énergie. C’est prévu dans la loi, les réseaux de gaz, d'électricité, et tous les équipements conjoints appartiennent aux collectivités locales et intercommunalités. Pourtant, ils sont gérés par une autorité de gestion (EnedisEnedis Ile de France pour l'électricité, GRdFGRDF pour le gaz), via des conventions passées avec les élus. Mais passer une convention suppose que l'élu sache exactement le développement qu’il veut pour sa ville. Par exemple, si un maire veut penser une ZACZACZone d'aménagement concerté - procédure d'urbanisme qui permet aux collectivités ou aux établissements publics y ayant vocation, de réaliser ou de faire réaliser des opérations d'aménagement urbain, il aura besoin de savoir si le secteur a les moyens de fournir l'électricité, quel est l'âge des transformateurs, si ils sont en bon état… Toutes ces données, nous sommes progressivement en train de nous les approprier. Détenues par les grands opérateurs qui ont encore le monopole du transport, elles restaient jusqu'à présent quasiment secrètes.

Comment gérez-vous l'énergie à Metz, ville dont vous êtes maire depuis 2008 ?

Collectivités locales, métropoles, moyennes et petites villes, via des intercommunalités, doivent être autorités organisatrices de l'énergie sur leur territoireLa Ville de Metz est un exemple particulier. Nous avions une régie d'électricité, qui a été transformée en SEMSEMSociété d'économie mixte. Nous gérons nous-mêmes les réseaux d'électricité et de chauffage urbain. Cela nous permet d’avoir une vision pour le territoire, une gestion patrimoniale du réseau. Nous savons avec certitude que partout où nous allons investir et aménager, nous sommes capables de fournir le courant électrique. Nous savons que la gestion des ouvrages est assurée, suivie. Nous sommes capables d’avoir des informations instantanément. Je suis convaincu que les collectivités locales, les métropoles, les moyennes et petites villes, par le biais d’intercommunalités, doivent être autorités organisatrices de l'énergie sur leur territoire.

Y a-t-il besoin de d’agir juridiquement pour créer un statut ou des compétences en plus ?

Beaucoup de contrats sont en cours de renégociation avec les opérateursNon puisque les collectivités sont déjà propriétaires des réseaux. C’est vrai pour le chauffage urbain, le gaz et l'électricité : 3 types de réseaux qui appartiennent aux collectivités locales, sauf que personne ne le sait, et souvent les élus locaux ne le savent même pas eux-mêmes. Jusqu'à présent, les collectivités avaient des contrats négociés de façon nébuleuse avec les opérateurs, sur de longues durées (20 à 30 ans). Pendant toute la durée de la concession, les élus n’entendaient plus parler de rien. De plus, il arrivait souvent dans le cas du gaz avec GRdF et de l'électricité avec Enedis, que ceux qui gèrent ces réseaux soient des responsables qui tournent d’une région à l’autre et qui étaient habitués à appliquer le même programme partout. C’est au moment de la renégociation de ces contrats de gestion de réseau qu’il convient de reprendre la main. Beaucoup de contrats sont en cours de renégociation avec les opérateurs.

Comment acculturer les élus à ces sujets forcément techniques et complexes ?

La gestion des réseaux d'énergie par les collectivités nécessite à la fois une certaine formation pour que les élus soient compétents mais d’avoir du personnel compétent qui les aide dans la prise de décision. Ce personnel doit être formé pour savoir où en est le réseau, comment il fonctionne, s’il a des réserves, quel est son âge et son état. Il doit pouvoir lire les données principales par secteur. Tout cela afin d'être capable de négocier. À l’inverse, l’opérateur doit pouvoir trouver en face de lui des interlocuteurs qui comprennent ce qu’est une puissance de transformateur ou une organisation de réseau. C’est un véritable métier.

Les opérateurs sont-ils conscients de l’aveuglement des élus par rapport à leurs propres réseaux ?

Il y a une prise de conscience qu’il faut saluer : les opérateurs eux-mêmes sont en train de s’apercevoir que c’est dans leur intérêt de mieux s’expliquer avec les collectivités locales. C’est une évolution lente et qui ne concerne pas encore tout le monde, mais la culture de ces grandes entreprises nationales progresse petit à petit. Elles apprennent à faire du cas pas cas, car il n’y a pas deux territoires identiques. Elles sont aussi progressivement en capacité de comprendre la mentalité des élus locaux, de leur expliquer et de leur donner des gages.

Pourquoi l'énergie doit-elle être gérée localement ?

À Metz, nous fabriquons du courant électrique grâce à 3 barrages hydroélectriques et une centrale à biomasseGérer l'énergie localement permet de mettre en place une politique publique de l'énergie, en fonction de son territoire. Cela permet d’anticiper les coupures de courant liés aux câbles installés à côté d’arbres. Un élu qui s’est intéressé à ce sujet va demander à les enterrer pour éviter les accidents. Cela permet aussi d'être au courant de l'âge des transformateur, et de les changer à temps. D’un autre côté, cette anticipation est également utile pour l’aménagement du territoire, afin de connaître la puissance énergétique de tel ou tel secteur sur une ville et de penser ses projets en fonction. L’autre point important est qu’une gestion locale permet la mise en place d’une production et d’une optimisation à l'échelle d’un territoire : avec des des petits réseaux locaux, des unités de production autonomes, des smartgrids… Beaucoup de choses peuvent se faire à l'échelle d’une ville. À Metz, par exemple, nous fabriquons du courant électrique grâce à 3 barrages hydroélectriques sur la Moselle et une centrale à biomasse. En réalité il y a énormément d’endroits où il y a déjà de la production locale, mais souvent ça se sait assez peu.

Enfin, cela peut avoir des intérêts en termes de transition énergétique. La consommation des équipements de la ville de Metz (piscine, écoles, gymnases…) est passés de 72,3 GW à seulement 58,6 GW entre 2008 et 2019. Nous sommes passés de 10 % d’énergie décarbonée à 60 % d’énergie  décarbonée. Comment ? Nous avons mené une politique locale. Nous avons acheté de l'énergie verte, mis en place un réseau de chaleur qui fonctionne avec les ordures ménagères et une centrale à biomasse (bois) générant les 2/3 de la puissance du réseau de chaleur. Nous avons abandonné le charbon, le gazole et le fioul partout. Nous arrivons à avoir un mix énergétique beaucoup moins riche en carbone fossile grâce cette politique locale.

Est-il possible d’atteindre les objectifs énergétiques fixés pour une ville (dans les PcaetPcaetPlan climat air énergie territorial - outil de planification qui a pour but d'atténuer le changement climatique, de développer les énergies renouvelables et maîtriser la consommation d'énergie) sans mettre en place une politique locale de l'énergie ?

Le travail politique n'est pas encore suffisant pour lutter contre les émissions de CO2Non, c’est pour cela que le sujet est essentiel. Pourtant la gestion locale de l'énergie n’est pas un débat public. Majoritairement parce que les électeurs ne se préoccupent pas de l’existence de chauffage urbain ou de la source d'énergie qu’ils utilisent, mais surtout du prix. Les élus ont l’air intéressés par ces sujets, mais majoritairement parce qu’ils doivent renouveler un contrat, pas vraiment pour mener une politique. Bien sûr, le chauffage urbain et les réseaux de chaleur à base d'énergie décarbonée se développent. Mais on ne peut pas dire que ce soit une demande populaire, malheureusement, et malgré la prise de conscience actuelle des citoyens. Le travail politique n’est pas encore suffisant pour lutter contre les émissions de CO2. Mais le sujet deviendra central sur la gestion des villes car d’ici peu, on responsabilisera les élus des métropoles ou des intercommunalités importantes par rapport à leur bilan carbone.

Comment expliquer ce changement d’attitude ?

L'énergie est le lien principal, une question de vivre-ensembleLa passivité des élus est aussi un héritage. Les opérateurs s’occupaient de tout jusqu’alors. À Metz, je viens de souscrire quelques actions pour un champ photovoltaïque en train d'être construit dans le bassin houiller. En Allemagne, des millions de personnes ont des actions dans des opérations de cette nature. En France, ce n’est que le début. Nous avons eu tellement l’habitude de déléguer cette responsabilité à une maison mère qui s’est occupée de tout, et qui fournissait l'énergie des centrales nucléaires, qu’on est seulement en train de mettre en place des éoliennes, du photovoltaïque, et de proposer aux citoyens de participer. C’est pourtant très intéressant comme placement à proposer, à un moment où les citoyens s’emparent du sujet du climat. Cette démarche-là, on l’a faite tardivement parce que jusqu'à présent les grands opérateurs avaient la main autant sur la gestion que sur les sources d’approvisionnement. Le Gouvernement s’occupe de la ressource énergétique alors que c’est un sujet dont on peut s’occuper aussi, et c’est un sujet de haute valeur politique. L'énergie est le lien principal, une question de vivre-ensemble.

Dominique Gros
Fiche n° 29477, créée le 16/03/18 à 12:53 - MàJ le 16/03/18 à 13:05

Dominique Gros



Parcours Depuis Jusqu'à
Conseil départemental de la Moselle
Conseiller général Mars 2015 Aujourd'hui
Mars 2015 Aujourd'hui
Ville de Metz
Maire Mars 2008 Aujourd'hui
Mars 2008 Aujourd'hui

• Maire de Metz (Moselle), Dominique Gros (75 ans) est aussi président de l’agence d’attractivité « Inspire Metz ».


France urbaine
Fiche n° 6214, créée le 09/01/18 à 14:04 - MàJ le 06/09/19 à 11:50

France urbaine

Mission : porter les intérêts des grandes villes et métropoles françaises dans les politiques publiques
Création : 01/01/2016, suite à la fusion de l’association des maires de grandes villes de France (AMGVF) et de l’association des communautés urbaines de France (ACUF)
Président : Jean-Luc Moudenc (mairie de Toulouse)
Délégué général : Olivier Landel
Contact : Benoît Cormier, chargé de communication
Tél. : 01 44 39 34 65



France urbaine
22, rue Joubert
75009 Paris - FRANCE
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Ville de Metz
Fiche n° 9706, créée le 06/03/20 à 08:01 - MàJ le 06/03/20 à 09:08

Ville de Metz

Metz est une commune française du département de la Moselle, en Lorraine. Préfecture de département, elle fait partie de la Région administrative Grand Est
Population  : 116 429 habitants (2017)
Superficie : 41,94 km2
Densité : 2 776 hab/km2
Maire : Dominique Gros
Budget primitif 2020 : 205 M €
Intercommunalité  : Metz Métropole
Tél. : 0 800 891 891
Contact



Ville de Metz
3, Place de la Comédie
57000 Metz - FRANCE
Téléphone : 03 87 55 50 00
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Fin
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