
Former pour performer : bâtir l’avenir économique de la métropole parisienne (L. Kamal-Chaoui, OCDE)
Afin de préserver la croissance et la compétitivité de la métropole parisienne, il est crucial de mobiliser l’ensemble des acteurs publics et privés autour de politiques de formation ambitieuses, écrit Lamia Kamal-Chaoui, directrice du centre de l’OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
pour l’Entrepreneuriat, les PME
Petite et moyenne entreprise
, les Régions et les Villes, dans une tribune adressée à News Tank Cities, le 17/07/2025.
Alors que la productivité européenne peine à suivre celle des États-Unis, Paris se distingue comme un moteur régional. Sa productivité (au sens de l’aire urbaine fonctionnelle définie par l’OCDE
Création :
• 1948 : Organisation européenne de coopération économique (OECE) pour administrer le plan Marshall financé par les États-Unis afin de reconstruire un continent dévasté par la…
) a crû plus vite que dans le reste du pays, atteignant aujourd’hui un niveau 31 % supérieur à la moyenne nationale. Cette progression s’est traduite par une hausse de la part de Paris dans le PIB
Produit intérieur brut
national, malgré une baisse de sa part dans la population active.
Paris se classe au 9ᵉ rang des 88 grandes métropoles de l’OCDE de plus de 1,5 million d’habitants en termes de productivité, devant Londres, Berlin, Stockholm ou Milan, mais aussi Los Angeles, Atlanta ou Huston aux États-Unis. Cette performance économique s’est accompagnée de 700 000 créations d’emplois depuis 2012, dont plus de la moitié dans les secteurs de services à forte intensité de savoir et de technologie. Cette dynamique s’appuie sur une population active très qualifiée : en 2023, 56,5 % des actifs franciliens avaient un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 43,4 % en France et 41 % dans l’OCDE.
Mais ce dynamisme montre des signes d’essoufflement. Bien avant la pandémie, la croissance de la productivité parisienne avait déjà ralenti, progressant 20 % plus lentement que durant la période précédant la crise financière. Dans un contexte mondial marqué par les transitions écologique et numérique, la reconfiguration des chaînes de valeur, le vieillissement démographique et l’accélération technologique, l’adaptation rapide des compétences devient un impératif.
Pour rester compétitive, la métropole doit impérativement s’attaquer à l’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises. Le potentiel est bien là, mais l’accès aux opportunités, l’ajustement des profils et le dialogue avec les employeurs restent insuffisants. Aujourd’hui, le système peine encore à créer les passerelles nécessaires entre l’offre et la demande de compétences.
Alors que faire ? Une nouvelle étude de l’OCDE, “Paris, ville de talents”, identifie trois leviers prioritaires.
Voici la tribune de Lamia Kamal-Chaoui.
« Trois leviers prioritaires à mobiliser sur la métropole parisienne »
Afin de préserver la croissance et la compétitivité de la métropole parisienne, il est crucial de mobiliser l’ensemble des acteurs publics et privés autour de politiques de formation ambitieuses.
Alors que la productivité européenne peine à suivre celle des États-Unis, Paris se distingue comme un moteur régional. Sa productivité (au sens de l’aire urbaine fonctionnelle définie par l’OCDE) a crû plus vite que dans le reste du pays, atteignant aujourd’hui un niveau 31 % supérieur à la moyenne nationale. Cette progression s’est traduite par une hausse de la part de Paris dans le PIB national, malgré une baisse de sa part dans la population active.
Paris se classe au 9ᵉ rang des 88 grandes métropoles de l’OCDE de plus de 1,5 million d’habitants en termes de productivité, devants Londres, Berlin, Stockholm ou Milan, mais aussi Los Angeles, Atlanta ou Huston aux États-Unis. Cette performance économique s’est accompagnée de 700 000 créations d’emplois depuis 2012, dont plus de la moitié dans les secteurs de services à forte intensité de savoir et de technologie. Cette dynamique s’appuie sur une population active très qualifiée : en 2023, 56,5 % des actifs franciliens avaient un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 43,4 % en France et 41 % dans l’OCDE.
Plus de 16 % des postes clés dans la transition écologique non pourvus »Mais ce dynamisme montre des signes d’essoufflement. Bien avant la pandémie, la croissance de la productivité parisienne avait déjà ralenti, progressant 20 % plus lentement que durant la période précédant la crise financière. Dans un contexte mondial marqué par les transitions écologique et numérique, la reconfiguration des chaînes de valeur, le vieillissement démographique et l’accélération technologique, l’adaptation rapide des compétences devient un impératif.
L’enjeu est d’autant plus crucial que les tensions sur le marché du travail s’intensifient. La région affiche un taux d’emploi vert de 29 %, le plus élevé de France (22,8 % en moyenne) et supérieur à celui observé dans l’OCDE. Pourtant, plus de 16 % des postes liés à la transition écologique restent non pourvus.
Le secteur numérique est encore plus exposé. En 2024, près de 70 000 postes de développeurs informatiques restaient vacants, pour seulement 20 000 demandeurs d’emploi disposant des compétences numériques nécessaires.
Plus largement, un tiers des travailleurs franciliens sont surqualifiés ou sous-qualifiés par rapport à leur poste, signe d’un désajustement structurel entre l’offre de compétences et la demande du marché. La montée en puissance de l’intelligence artificielle générative accentue encore ces déséquilibres : 41,5 % des emplois à Paris et en Île-de-France y sont exposés, contre 26 % en moyenne dans l’OCDE.
Pour rester compétitive, la métropole doit impérativement s’attaquer à l’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises. Le potentiel est bien là, mais l’accès aux opportunités, l’ajustement des profils et le dialogue avec les employeurs restent insuffisants. Aujourd’hui, le système peine encore à créer les passerelles nécessaires entre l’offre et la demande de compétences.
Alors que faire ? Une nouvelle étude de l’OCDE, Paris, ville de talents, identifie trois leviers prioritaires.
Mobiliser les viviers de talents sous-utilisés »Le premier consiste à mobiliser les viviers de talents sous-utilisés, notamment les chômeurs de longue durée, qui représentent plus de 40 % des demandeurs d’emploi en Île-de-France, ainsi que les jeunes, les migrants et les seniors, souvent hautement qualifiés. Ces publics restent freinés par des obstacles bien connus : difficulté d’accéder à un premier emploi, manque de garde d’enfants, obsolescence des compétences après 45 ans, faible reconnaissance des diplômes étrangers, ou encore problèmes d’accès au logement et à la mobilité.
Seuls 16 % des actifs en formation en Île-de-France en 2023 »Le deuxième levier est de renforcer l’investissement des entreprises dans la formation de leurs salariés. En Île-de-France, seuls 16 % des actifs ont suivi une formation en 2023. Si ce taux dépasse ceux de Berlin ou Milan, il reste inférieur à ceux de Stockholm ou Amsterdam. Trop souvent, les entreprises, en particulier les PME, privilégient encore le recrutement externe au développement interne des compétences. Dans un secteur comme le numérique, où les pénuries sont critiques, Paris pourrait s’inspirer de New York. Grâce à son initiative Tech Talent Pipeline, la ville collabore étroitement avec les entreprises, les universités et les organismes de formation pour construire un vivier durable de talents dans des domaines comme la cybersécurité, l’IA Intelligence artificielle - désigne l’ensemble des techniques techniques simulant les processus cognitifs humains ou la gestion des données.
Le troisième levier consiste à coordonner les politiques à l’échelle régionale. Deux tiers des emplois parisiens sont occupés par des actifs vivant hors de la capitale, et plus d’un million de travailleurs s’y déplacent chaque jour. Le marché du travail doit donc être pensé à l’échelle francilienne. Cela suppose d’améliorer les transports, de renforcer les dispositifs d’accompagnement dans tous les territoires et de construire des stratégies dépassant les frontières institutionnelles. Aujourd’hui, l’écosystème est fragmenté : plus de 25 000 organismes de formation coexistent en Île-de-France, dont 10 000 à Paris, sans coordination suffisante.
2/3 des emplois parisiens occupés par des actifs vivant hors de la capitale »Capitaliser sur les initiatives réussies est possible - et nécessaire. Par ailleurs, les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 ont illustré la capacité des acteurs parisiens à coopérer autour de projets innovants. Portés par la Ville de Paris, et ses partenaires, 20 Pactes parisiens pour l’emploi ont été signés avec de grandes entreprises, ont permis de renforcer l’insertion des publics vulnérables, tandis que plus de 7 000 personnes ont été accompagnées via des programmes d’insertion par l’activité économique.
Cet élan de coopération doit désormais s’ancrer dans la durée. Il ne s’agit pas de créer de nouveaux dispositifs, mais de mieux coordonner ceux qui existent, en s’appuyant sur les réussites. Doté de moyens adaptés, le Comité régional pour l’emploi (CRPE) pourrait jouer un rôle clé pour aligner politiques publiques, besoins économiques et offre de formation, notamment à travers des projets structurants comme le Grand Paris Express ou les grands chantiers de rénovation. Cela offrirait l’opportunité, comme cela se fait ailleurs, de produire des cartographies régulières des besoins en compétences, en lien direct avec les entreprises.
Ancrer l’élan de coopération dans la durée »Paris a tous les atouts pour réussir : une main-d’œuvre qualifiée, mobile et diversifiée, une forte présence dans les secteurs d’avenir, et un leadership public affirmé. Mais le potentiel ne suffit pas. Pour rester un leader mondial, la métropole parisienne doit devenir un véritable pôle d’apprentissage, où les compétences sont un bien commun accessible à tous. C’est à cette condition qu’elle continuera de jouer son rôle de moteur économique et social pour la France et pour l’Europe.
Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE)
Création :
• 1948 : Organisation européenne de coopération économique (OECE) pour administrer le plan Marshall financé par les États-Unis afin de reconstruire un continent dévasté par la guerre ;
• 1961 : Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour promouvoir des politiques qui améliorent le bien-être économique et social partout dans le monde
• Secrétaire général : Mathias Cormann
• Directrice du département Villes, politiques urbaines et développement durable : Aziza Akhmouch
• Membres : 38 pays sur l’ensemble du globe, de l’Amérique du Nord et du Sud à l’Europe et jusqu’à l’Asie-Pacifique (liste)
• Tél. : 01 45 24 82 00
Catégorie : Etat et autorités publiques
Adresse du siège
2 Rue André Pascal75016 Paris France
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Fiche n° 8518, créée le 11/04/2019 à 17:38 - MàJ le 17/07/2025 à 18:06
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