Présidentielle 2022 : quelle politique du logement pour la France du « monde d’après » ? (Pierre Madec)

News Tank Cities - Paris - Tribune n°219633 - Publié le 04/06/2021 à 11:20
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L’année 2020, la crise sanitaire et les mesures de confinement qui l’ont accompagnée ont au moins eu un mérite : (re)mettre la question du logement au cœur du débat public, du moins pendant quelques semaines. Selon l’Insee, au cours du 1e confinement, plus de la moitié des Français ont quitté leur logement moins de 3 fois par semaine, écrit Pierre Madec
, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est un organisme indépendant de prévision, de recherche et d’évaluation des politiques publiques, accueilli en son sein par la Fondation… (OFCE) et enseignant, dans une tribune adressée à News Tank, le 01/06/2021.

Si certains citadins ont, semble-t-il, pu quitter les villes pour rejoindre des logements plus adaptés à une vie « enfermée », de nombreux ménages ont dû faire face au cours des mois passées à des conditions de logement incompatibles avec l’assignation à résidence ordonnée par les pouvoirs publics. Selon les derniers chiffres de la Fondation Abbé Pierre • Mission : agir pour le logement des défavorisés. La fondation ne compte pas de membres adhérents. Elle est dirigée par un Conseil d’administration de 12 membres (3 au titre du collège des… , plus de 4 millions de Français se trouvaient alors en situation de mal logement (habitat dégradé, suroccupation sévère, absence de logement personnel…). Outre le fait que le lien entre conditions de logement et risque de contamination au Covid-19 -et plus globalement à l’état de santé- n’est plus à démontrer, 2020 aura été pour ces millions de Français synonyme d’annus horribilis.

Si les incertitudes sanitaires pèsent encore en nombre sur 2021, l’ensemble des observateurs s’accordent à considérer l’année 2022 comme l’année de la reprise. A moins d’un an de l’élection présidentielle, en 2022, si le logement devenait enfin un sujet politique majeur ?

Voici la tribune de Pierre Madec.


Le logement au cœur du débat public, du moins pendant… quelques semaines

L’année 2020, la crise sanitaire et les mesures de confinement qui l’ont accompagnée ont au moins eu un mérite : (re)mettre la question du logement au cœur du débat public, du moins pendant quelques semaines. Selon l’Insee, au cours du 1e confinement, plus de la moitié des Français ont quitté leur logement moins de 3 fois par semaine. Si certains citadins ont semble-t-il pu quitter les villes pour rejoindre des logements plus adaptés à une vie « enfermée » [1], de nombreux ménages ont dû faire face au cours des mois passées à des conditions de logement incompatibles avec l’assignation à résidence ordonnée par les pouvoirs publics.

Selon les derniers chiffres de la Fondation Abbé Pierre, plus de 4 millions de Français se trouvaient alors en situation de mal logement (habitat dégradé, suroccupation sévère, absence de logement personnel…). Outre le fait que le lien entre conditions de logement et risque de contamination au Covid-19 [2] - et plus globalement à l’état de santé[3] - n’est plus à démontrer, 2020 aura été pour ces millions de Français synonyme d’annus horribilis.

Si les incertitudes sanitaires pèsent encore en nombre sur 2021, l’ensemble des observateurs s’accordent à considérer l’année 2022 comme l’année de la reprise. A moins d’un an de l’élection présidentielle, si le logement devenait enfin un sujet politique majeur ?

Le marché locatif privé s’est réduit

Après des décennies d’amélioration significative du parc de logement et de son accès, l’explosion des prix immobilier depuis le début des années 2000 a entrainé une dégradation lente et continue de l’accès au logement des ménages les plus modestes. Dans le même temps, malgré un assouplissement sans précédent des conditions de crédit, la dynamique des prix a écarté du marché de l’accession à la propriété de nombreux ménages (faibles ressources, contrats courts…). Du côté de l’offre de logement, dans les grandes agglomérations, le marché locatif privé s’est réduit et le parc locatif social, bien qu’en croissance sous l’impulsion de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, du 13/12/2000, dont l’article 55 impose un quota de 25 % de logements sociaux en 2025, dans chaque commune de 3 500 habitants ), continue d’exclure de nombreux ménages pourtant éligibles à l’accès au logement à loyer modéré [4].

La France a consacré moins de 1,6 point PIB à soutenir le secteur du logement »

La mobilité résidentielle, principal pourvoyeur de logements chaque année, ne cesse de se réduire. Dans un contexte de relative faiblesse de production de logements neufs [5] destinés à la location, tant privée que sociale, cette baisse importante de la mobilité résidentielle a pour conséquence directe de réduire massivement l’offre de logements disponibles. Enfin, le désengagement de l’État, ancien, s’est intensifié.

D’une part, les aides personnelles au logement n’ont cessé de faire l’objet d’économies budgétaires significatives, notamment ces dernières années. D’autre part, les aides dites « à la pierre », qu’elles s’adressent aux investisseurs privés ou aux bailleurs sociaux, n’ont elles aussi pas cessé de décroitre, les pouvoirs publics solvabilisant ainsi de moins en moins la production de logements neufs. Au final, en 2019, selon les derniers chiffres des Comptes du Logement, pour la 1e fois depuis près de 40 ans, la France a consacré moins de 1,6 point PIB à soutenir le secteur du logement à travers ses aides publiques.

De mauvaises nouvelles en 2020

Ce rapide constat pousse au pessimisme tant les dynamiques à l’œuvre, pour certaines anciennes, semblent aller dans le sens d’un renforcement des crises du logement qui traversent la France. De ce point de vue, l’année 2020 a apporté, comme dans nombre de secteurs économiques, son lot de mauvaises nouvelles au secteur du logement. Les mises en chantier et les permis de construire sont au plus bas ; les investissements dans la rénovation énergétique des bâtiments ont été en partie gelés durant les confinements successifs ; les attributions de logements sociaux ont été durement impactés ; la réforme du mode de calcul des APL, bien que reportée, est entrée en vigueur, poursuivant ainsi les économies budgétaires supportées par le secteur après la baisse de 5 € de l’été 2017 ou la Réduction de loyer de solidarité … De fait, l’optimisme ne semble pas de mise. Néanmoins, subsistent des raisons d’espérer.

Une épargne supplémentaire qui approche les 100 Md€ »

Malgré une crise économique sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, le revenu des ménages s’est, en moyenne du moins, plutôt bien maintenu au cours de l’année 2020 [6]. Mieux, les ménages, du fait des confinements successifs, ont accumulé une épargne supplémentaire qui approche les 100 Md€. Dès lors, leur marge de manœuvre en termes d’investissement est potentiellement importante, tout du moins pour les ménages les plus aisés. Du côté des soutiens publics, ces derniers ont été inédits au cours des derniers mois. Les mesures d’urgence successives et massives ont démontré, s’il le fallait, que des marges de manœuvre budgétaires existent.

Le plan de relance annoncé pour les années à venir à lui mis en exergue une partie des besoins en investissement public. Si, pour le moment, le secteur du logement (hors rénovation) reste l’un des oubliés de la prise de conscience collective, cela ne saurait durer et l’élection présidentielle qui se prépare pourrait être une occasion historique de se saisir des enjeux décrits précédemment.

Une fiscalité de près de 80 Md€ chaque année

Le logement, tant dans son secteur de la rénovation que de la construction, peut et doit devenir un secteur d’avenir pour l’emploi et l’investissement. Le logement, parce qu’il constitue le premier poste de consommation des Français, doit être au cœur des propositions de soutien au pouvoir d’achat. Le logement, parce qu’il est au cœur de la question de la ségrégation spatiale, doit être un levier puissant de lutte contre les inégalités.

Le logement, parce qu’il constitue 60 % des actifs financiers et non financiers des ménages, a une place centrale dans la lutte contre les inégalités de patrimoine et les inégalités intergénérationnelles. Le logement, dont la fiscalité pèse pour près de 80 Md€ chaque année et dont les aides publiques dépassent les 35 Md€, joue un rôle essentiel dans le système redistributif français. Le logement, pour toutes ces raisons (et bien d’autres) se doit d’être au cœur des politiques menées pour sortir de la crise et l’élection présidentielle en 2022 semble être de ce point de vue un tournant à ne pas rater.

[1] Selon l’Insee, un quart des Parisiens aurait quitté Paris le temps du confinement.

[2] L’Organisation Mondiale de la Santé mettait en évidence dès avril 2020 le risque accru de contamination des ménages en situation de surpeuplement.

[3] Voir notamment sur la question « La mesure du coût économique et social du mal logement ».

[4] Au 1er janvier 2019, plus de 2 millions de ménages étaient en attente d’un logement social.

[5] En 2020, seuls 357 000 logements ont été mis en chantier soit 1 % du parc total de logements.

[6] En 2020, selon l’Insee, le pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages a augmenté de 0,2 % par rapport à 2019

La rubrique est animée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. L'édition 2021 est programmée le 27/08/2021 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques). Jean-Luc Berho est également président de la Coopérative de l’immobilier, à Toulouse. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.

Parcours

Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne
Enseignant
Université Paris 5 - Descartes
Enseignant

Fiche n° 39964, créée le 10/07/2020 à 14:27 - MàJ le 04/06/2021 à 10:50


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