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Composer avec l’existant pour faire une ville plus résiliente (V. Gravière, CROA Nouvelle-Aquitaine)

News Tank Cities - Paris - Tribune n°311033 - Publié le 05/01/2024 à 15:30
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©  Arthur Pequin
Virginie Gravière, architecte DPLG - ©  Arthur Pequin

En 2100, la région Nouvelle-Aquitaine verra ses températures moyennes d’été augmenter de 3,4°C. Nous vivrons plus de 31 nuits tropicales alors qu’elles étaient au nombre de quatre en 2005 et, enfin, nous connaitrons une baisse de 29 % des précipitations en été. De même, l’élévation de la mer pourrait atteindre un mètre d’ici à 2100 avec pour conséquence des risques de submersion pour plusieurs villes côtières, écrit Virginie Gravière Présidente @ Conseil Régional de l’Ordre des Architectes de Nouvelle Aquitaine • Cofondatrice et architecte associée @ Agence Agram à Bordeaux
, présidente du CROA Conseil régional de l’Ordre des architectes de Nouvelle-Aquitaine et architecte associée de l’agence Agram à Bordeaux, dans une tribune adressée à News Tank le 04/01/2024.

Nous devons préparer nos territoires à être plus résilients, sans quoi la qualité de vie de nos concitoyens se dégradera fortement et les conséquences sociales seront inévitables. La transition écologique n’est plus une option dans un programme politique, elle est une nécessité. La ville de demain est déjà construite à 80 %. C’est donc avec l’existant que nous devons composer et réussir à en faire une ville plus résiliente.

Voici la tribune de Virginie Gravière.


CROA Nouvelle-Aquitaine
Le 12 janvier 2024 de 12:30 à 14:00
308 avenue Thiers à Bordeaux

Décarboner la construction pour réussir la transition écologique

La ville de demain ? En 1990, le GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat - Principal organe international chargé d’évaluer le changement climatique créé en 1988 par le PNUE et l’OMM (Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)est un organisme intergouvernemental ouvert à tous les pays membres de l’Organisation des Nations unies. Il regroupe… ) produisait son premier rapport dans lequel les effets du dérèglement climatique liés aux activités humaines étaient détaillés, notamment l’augmentation des gaz à effet de serre et l’élévation des températures. Plus de 30 ans plus tard, les effets annoncés sont là. Rien que l’année passée, la Nouvelle-Aquitaine a connu des épisodes de chaleurs exceptionnels et des quantités de pluies surabondantes.

On sait déjà qu’en 2100, notre région verra ses températures moyennes d’été augmenter de 3,4°C, que nous vivrons plus de 31 nuits tropicales alors qu’elles étaient au nombre de quatre en 2005 et, enfin, que nous connaitrons une baisse de 29 % des précipitations en été. De même, l’élévation de la mer pourrait également atteindre un mètre d’ici à 2100 avec pour conséquence des risques de submersion pour plusieurs villes côtières de Nouvelle-Aquitaine.

La ville de demain déjà construite à 80 % »

Le constat est clair. Nous devons préparer nos territoires à être plus résilients sans quoi la qualité de vie de nos concitoyens se dégradera fortement et les conséquences sociales seront inévitables. La transition écologique n’est plus une option dans un programme politique, elle est une nécessité. Pour agir, il faut d’abord être conscients de nos insuffisances. Notre pays vit actuellement de nombreuses crises.

  • Crise du logement : nombre de nos concitoyens ne trouvent pas de quoi se loger décemment. Perte de la qualité dans les logements : en 20 ans, les appartements neufs ont perdu jusqu’à 15 % de leur surface, soit l’équivalent d’une pièce.
  • Crise du foncier : l’étalement urbain met en péril notre biodiversité, les écosystèmes naturels et fait disparaitre des terres agricoles dont nous aurions besoin pour retrouver notre souveraineté alimentaire.
  • Crise des matières premières : la construction est responsable du tiers des émissions carbone en France, de 66 % des déchets produits et représente 40 % de l’énergie consommée.

Nous le rappelons, la ville de demain est déjà construite à 80 %. C’est donc aussi avec l’existant que nous devons composer et réussir à en faire une ville plus résiliente.

Des ressources et solutions pour réparer la ville

Faire la ville de demain, c’est donc réparer la ville d’aujourd’hui. C’est réhabiliter l’existant de manière vertueuse : réemployer les matériaux, transformer l’usage des bâtiments, mobiliser les bureaux et les 3 millions de logements vacants dans toute la France. C’est aussi convertir les friches militaires, ferroviaires, industrielles et commerciales en réserves foncières : les dépolluer, les densifier, les replanter. Réhabiliter les bâtiments, c’est réduire la production de déchets. Car le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Réutiliser, réemployer, recycler : nous devons revaloriser les ressources gaspillées.

Prendre tous notre part de responsabilité »

Employer des matériaux renouvelables, moins énergivores et peu polluants, comme le bois, la terre crue, la paille, ou le chanvre. C’est offrir de nouveaux débouchés aux filières agricoles et sylvicoles. C’est créer des filières locales, créatrices d’emplois non délocalisables. Pour transformer la ville et remodeler cette matière existante, tous les acteurs du cadre bâti doivent prendre leur part de responsabilité. Élus locaux, promoteurs, industriels, artisans, urbanistes, architectes, nous devons tous nous associer pour réussir à décarboner la construction.

Les architectes s’y engagent pleinement. Ils interviennent en conseil dès l’amont des projets d’aménagement, en appui aux élus locaux et en interface avec les habitants. Ainsi pour construire et rénover plus durablement, les architectes accompagnent leurs clients depuis la conception jusqu’à la livraison de l’ouvrage. De même, pour changer de modèle, les architectes se mobilisent avec les artisans et les entreprises pour réinventer des savoir-faire locaux et développer des modes constructifs innovants.

Encourager les initiatives

Un grand nombre de nos concitoyens s’engagent, cherchent, innovent et développent des solutions pour rendre nos territoires plus résilients face aux conséquences du dérèglement climatique.

En Nouvelle-Aquitaine, de plus en plus d’élus locaux intègrent des objectifs de sobriété foncière dans leurs projets. La nouvelle loi ZAN Zéro artificialisation nette - Objectif de réduction de la consommation d’espace à zéro unité nette de surface consommée en 2050, fixé par le plan Biodiversité du Gouvernement en juillet 2018 * apparaît comme une contrainte pour certains. Elle a, avant tout, comme objectif de préserver nos territoires pour les générations futures. Elle ne met pas fin au développement de nos villes mais apporte un cadre pour ré-imaginer de nouvelles formes de développement. Oui, elle nous oblige à nous ré-interroger sur nos manières de faire, de construire, de consommer mais seulement pour pouvoir continuer à vivre dignement sans épuiser les ressources terrestres.

De nombreuses initiatives émergent dans notre pays et en Nouvelle-Aquitaine : densifier nos quartiers pavillonnaires quand la taille des jardins est suffisante, développer l’installation de production d’énergies renouvelables sur du bâti existant ou des terres déjà artificialisées, augmenter la végétalisation de nos villes, imposer des critères de qualité minimales (taille, hauteur, luminosité, espace extérieur, rangements) dans les habitations neuves, développer des filières locales de matériaux biosourcés (chanvre, paille, terre crue)… Toutes ces initiatives doivent être encouragées. À nous, acteurs privés du cadre bâti, d’être forces de proposition pour encourager nos concitoyens et nos représentants politiques à s’engager pleinement dans la décarbonation de la construction pour réussir la transition écologique de nos villes et de nos territoires.

* loi n° 2023-630 du 20/07/2023 visant à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte contre l’artificialisation des sols et à renforcer l’accompagnement des élus locaux

La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. La dernière édition a eu lieu le 25/08/2023 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques) sur le thème de la transition écologique et du logement pour tous. Jean-Luc Berho est président du conseil de surveillance de la Coopérative de l’immobilier à Toulouse, administrateur de l’association Aurore, administrateur d’Espacité, et membre du Conseil National de l’Habitat (CNH) depuis décembre 2023. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.

Virginie Gravière


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Parcours

Conseil Régional de l’Ordre des Architectes de Nouvelle Aquitaine
Présidente
Agence Agram à Bordeaux
Cofondatrice et architecte associée

Établissement & diplôme

École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux
Architecte DPLG

Fiche n° 50587, créée le 05/01/2024 à 10:58 - MàJ le 05/01/2024 à 13:48

Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA)

Organisme de droit privé chargé de missions de service public, institué par la loi du 03/01/1977 sur l’architecture
• Placé sous la tutelle du ministre de la Culture et de la Communication
• Constitué de 29 906 architectes
• Composé de 17 conseils régionaux et d’un conseil national
Présidente : Christine Leconte
Vice-présidents : Marjan Hessamfar-Verons et Valérie Flicoteaux
Directrice générale : Marie-Aude Bailly-le-Bars
Secrétaire national : Vincent Toffaloni
Trésorier : Christophe Millet
• Tél. : 01 56 58 67 00


Catégorie : Fédération professionnelle


Adresse du siège

33 avenue du Maine
BP 154
75755 Paris Cedex 15 France


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Fiche n° 6727, créée le 07/03/2018 à 14:38 - MàJ le 02/05/2023 à 10:59

©  Arthur Pequin
Virginie Gravière, architecte DPLG - ©  Arthur Pequin