Municipales 2026 : agir contre la montée des inégalités du capital immobilier à Paris (J. Baudrier)
Paris est une ville très belle et fait partie des zones les plus tendues de notre pays. En ce début de XXIe siècle, le marché du logement y est profondément déstabilisé par deux évolutions structurelles : la montée des inégalités de patrimoine et le réchauffement climatique, écrit Jacques Baudrier
Adjoint logement, rénovation thermique, encadrement des loyers et défense des locataires @ Ville de Paris • Adjoint en charge du logement et de la transition écologique du bâti @ Ville de Paris…
, maire adjoint (PCF) au logement et à la transition écologique du bâti de la Ville de Paris
• Commune et Département (statut particulier), situés en Île-de-France• Population : 2 087 577 habitants• Superficie : 105,4 km2• Intercommunalité : Métropole du Grand Paris• Maire : Emmanuel…
, dans une tribune adressée à News Tank le 11/02/2026.
La croissance des inégalités de patrimoine au XXe siècle a largement été documentée. La montée des inégalités ne concerne pas que le patrimoine financier, elle touche aussi de façon très importante le capital immobilier. Emmanuel Grégoire et la liste de Gauche Unie engagée dans les élections municipales proposent d’accélérer fortement le rythme de production de logements publics et de créer, durant le prochain mandat, 60 000 logements publics supplémentaires dont 30 000 logements sociaux et 30 000 logements abordables. L’objectif est d’atteindre 40 % de logements publics en 2035 et, au-delà, 60 % de logements publics.
Il faut absolument plus d’intervention publique dans le logement pour affronter les grands enjeux du XXIe siècle. Production de beaucoup de nouveaux logements publics, rénovation accélérée du parc, régulation du parc privée beaucoup plus forte : il faut mener toutes ces politiques en même temps et nous sommes déterminés à le faire.
Voici la tribune de Jacques Baudrier.
Toujours plus de logements publics dans les zones tendues
Paris est une ville très belle, attractive, et fait partie des zones les plus tendues de notre pays. En ce début de 21e siècle, le marché du logement y est profondément déstabilisé par deux évolutions structurelles : la montée des inégalités de patrimoine et le réchauffement climatique.
La croissance des inégalités de patrimoine au cours de la fin du 20e siècle a largement été documentée. Mais cette montée des inégalités ne concerne pas que le patrimoine financier. Elle concerne aussi de façon très importante le capital immobilier. Et en particulier les zones tendues. Le parc des logements privés à Paris est possédé à plus de 81 % par des multi-propriétaires. Et surtout 40 % de ce parc, soit environ 450 000 logements sont possédés par des propriétaires de 5 logements ou plus. Dans les zones les plus attractives du centre de Paris, cette proportion dépasse 60 % des logements.
300 000 logements inoccupés à ParisCes grands multi-propriétaires possèdent pour la plupart chacun un capital immobilier important, de plusieurs millions d’euros. Ils n’ont de fait pas besoin de revenus locatifs pour vivre. Ils sont nombreux à avoir acheté un (ou des) logement(s) à Paris juste pour avoir une résidence secondaire, pour leurs loisirs. Et le problème est que ces grands multi-propriétaires sont de plus en plus nombreux à posséder des résidences secondaires à Paris. Leur nombre augmente d’environ 7 000 unités par an. En 2026, nous estimons à environ 300 000 le nombre de logements inoccupés à Paris, qu’ils soient vacants ou résidences secondaires, et cela ne cesse d’augmenter. Ils représentent 28 % du parc privé.
Cette progression du parc de logements inoccupés est responsable d’une baisse régulière du nombre de résidences principales, et donc du nombre d’habitats. Elle touche en particulier le parc locatif privé, qui ne compte plus que 350 000 logements à Paris en 2025, au lieu de 600 000 dans les années 80, à une époque où il n’y avait pratiquement pas de logements vacants ou de résidences secondaires.
La rénovation lourde des logements sociaux
Dans le même temps le réchauffement climatique touche aussi particulièrement Paris. Le bâti parisien est assez ancien : la moitié des logements privés environ a été construit avant 1914, dont une grande partie au 19e siècle. Beaucoup de ces bâtiments ont été construits avec des pans de bois, et nécessitent maintenant des rénovations lourdes. La rénovation lourde des logements sociaux a été engagée à Paris dès 2009, et il n’y pratiquement plus de passoires thermiques dans le parc social, près de 80 000 rénovations ayant déjà été financées.
Il n’en est pas de même pour le parc privé. Même si le rythme de rénovation avance vite grâce aux financements de la ville et de l’État, plus de 50 % du parc privé parisien est composé de passoires thermiques (en particulier le parc du 19e siècle). Les coûts de rénovation sont très élevés, en particulier pour les immeubles en pans de bois, et nécessitent des investissements publics importants. L’interdiction de louer des passoires thermiques risque donc de toucher en particulier le parc parisien, et de retirer encore plus de logements du parc de résidences principales.
Atteindre 40 % de logements publics en 2035Une intervention publique d’ampleur est donc absolument indispensable. Heureusement, la gauche arrivée au pouvoir à Paris en 2001 a investi massivement pour le logement social et produit 130 000 logements sociaux supplémentaires en 25 ans. Le parc public comprend 270 000 logements sociaux (25 % du parc de résidences principales) et environ 50 000 logements abordables (ou intermédiaires).
Mais il faut absolument aller plus loin. C’est pourquoi Emmanuel Grégoire
Maire @ Ville de Paris
et la liste de Gauche Unie engagée dans les élections municipales proposent d’accélérer fortement le rythme de production de logements publics et de créer durant le prochain mandat 60 000 logements publics supplémentaires dont 30 000 logements sociaux et 30 000 logements abordables. L’objectif est d’atteindre 40 % de logements publics en 2035, et au-delà devra atteindre comme Vienne 60 % de logements publics.
Développer l’accession sociale à la propriété en BRS Bail réel solidaire - dispositif créé par la loi ALUR : le ménage est propriétaire de sa maison mais locataire du terrain. Contient des clauses de prix de revente et des plafonds de ressources des…
Cette augmentation du nombre de logements publics est indispensable car l’attractivité de la ville de Paris restera très forte, et il probable que de nombreux grands multi-propriétaires continueront à vouloir posséder des appartements à Paris. Il faut donc absolument développer une offre de logements publics importante pour que Paris reste une ville très majoritairement de résidences principales.
Pour développer une offre de logements abordables complémentaires du logement social, nous avons créé deux outils : une foncière pour développer l’accession sociale à la propriété en bail réel solidaire (BRS) à moins de 5 000 € le m2 ; et une autre pour créer du parc locatif abordable à 25 % en-dessous du prix du marché. Les deux foncières ont vocation à chacune détenir des dizaines de milliers de logements à Paris.
1200 logements sociaux après transformation de bureauxCe développement de l’offre publique va pouvoir se réaliser du fait des nombreuses opportunités d’acquisitions d’immeubles. Beaucoup de propriétaires d’immeubles anciens ne souhaitent pas engager des chantiers de rénovations importants. Ils prennent donc contact à la municipalité pour vendre leurs immeubles. La forte expérience des bailleurs sociaux de la ville en matière de rénovation en fait des maîtres d’ouvrage particulièrement compétents. D’autre part la surproduction de bureaux en Île-de-France fait qu’il y a aujourd’hui 6 millions de m2 de bureaux vides dans la région et que ce nombre devrait augmenter jusqu’à 10 millions de m2 de bureaux dans les prochaines années.
Autant d’opportunités de transformation de bureaux en logements. En 2025 nous avons financé la création de 1 200 nouveaux logements sociaux à Paris via la transformation de bureaux, soit quatre fois plus que durant les années précédentes. Le potentiel est très important.
Lutter contre les meublés touristiques illégaux
Cet investissement public majeur et accéléré est indispensable. Mais il faut aussi qu’il soit accompagné par un environnement législatif et des financements d’État adaptés. Nous nous mobilisons depuis des années pour lutter contre les meublés touristiques illégaux et pour faire augmenter la fiscalité sur les résidences secondaires. Nous ne sommes pas les seuls puisque dans la période récente ont émergé deux acteurs importants : l’association de collectivités luttant contre les logements vacants dont Paris est un membre actif (ACLV) et le Collectif national pour l’Habitat Permanent, rassemblant plusieurs dizaines d’associations d’habitants (CNHP).
Pour un budget annuel bien supérieur à 10 Md€Nous avons obtenu durant la période récente des avancées conséquentes : le vote de la loi Echaniz-le Meur qui nous permet enfin de lutter beaucoup plus efficacement contre les meublés touristiques illégaux, et la fusion des deux taxes sur les logements vacants et leur transfert aux communes ainsi que la capacité de doubler leurs taux dans le cadre du PLF Projet de loi de finances 2026. Ces deux évolutions législatives devraient nous permettre de reconquérir environ 40 000 résidences principales à Paris. Mais il faut aller plus loin : si nous avions une pleine maîtrise des outils fiscaux contre les logements vacants et les résidences secondaires, jusqu’à 100 000 logements supplémentaires pourraient être libérés à Paris. Nous ne cesserons de nous battre pour obtenir ces avancées législatives.
Et puis il est indispensable que l’État engage des moyens conséquents pour la rénovation du parc privé. La stagnation du budget de l’Anah
• Établissement public sous la tutelle des ministères de la Transition écologique et de la cohésion des territoires et de l’Économie et des finances
• Création : 1971
• Missions : améliorer l’état…
est une très mauvaise nouvelle. Il faut absolument que celui-ci augmente, en particulier pour accélérer la rénovation du parc ancien qui nécessite des investissements importants. Nous nous battrons aussi sans relâche pour que l’Anah obtienne de nouvelles recettes pérennes et puisse disposer d’un budget annuel de bien plus de 10 Md€.
Il faut absolument plus d’intervention publique dans le logement pour affronter les grands enjeux du 21e siècle. C’est ce à quoi s’engage de façon résolue la liste de la Gauche Unie menée par Emmanuel Grégoire. Production de beaucoup de nouveaux logements publics, rénovation accélérée du parc, régulation du parc privée beaucoup plus forte : il faut mener toutes ces politiques en même temps et nous sommes déterminés à le faire.
Rubrique dirigée par Jean-Luc Berho
La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. La prochaine édition, le 28/08/2026 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques), sera dédiée à l’élection présidentielle de 2027. Jean-Luc Berho est président de Soliha Solidaires pour l’habitat, réseau PACT et réseau Habitat & Développement Pays basque, président du conseil de surveillance de la Coopérative de l’immobilier à Toulouse, administrateur de l’association Aurore, administrateur d’Espacité et membre du Conseil national de l’habitat. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.
Jacques Baudrier
Adjoint logement, rénovation thermique, encadrement des loyers et défense des locataires @ Ville de Paris
Adjoint en charge du logement et de la transition écologique du bâti @ Ville de Paris
Conseiller métropolitain délégué au déploiement des pistes cyclables @ Métropole du Grand Paris (MGP)
• Né le 11/06/1966
• Membre du Conseil national du Parti communiste français (PCF)
• Auteur de « Paris n’est pas à vendre », avec Ian Brossat (Éditions Arcane 17 - 2013) et « L’ABC de la stratégie », avec Christophe Bouton (Éditions Poyot - 1989)
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Parcours
Adjoint logement, rénovation thermique, encadrement des loyers et défense des locataires
Adjoint en charge du logement et de la transition écologique du bâti
Conseiller métropolitain délégué au déploiement des pistes cyclables
Adjoint en charge de la construction publique, du suivi des chantiers, de la coordination des travaux sur l’espace public et de la transition écologique du bâti
Collaborateur de cabinet
Conseiller
Directeur de l’aménagement du territoire
Établissement & diplôme
Fiche n° 43199, créée le 11/03/2021 à 18:20 - MàJ le 03/03/2026 à 16:33

