Changement climatique : fil conducteur nécessaire des politiques locales de l’habitat (Dominique Giry)

News Tank Cities - Paris - Tribune n°432985 - Publié le
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Dominique Giry - ©  Hugo Lebrun

L’adaptation au changement climatique est une nécessité encore peu prise en compte par les politiques publiques. S’il s’agit d’atténuer le changement climatique, il est aussi urgent de s’adapter. Mais sur ce volet adaptation, les politiques publiques sont encore moins structurées que sur la décarbonation et l’atténuation du changement climatique, écrit Dominique Giry Président @ Résidétape (groupe muvo) • Président @ Espacité • président-fondateur @ Conseil de développement (Codev) du Val-de-Marne
• Né en 1948
, président d’Espacité, dans une tribune adressée à News Tank le 04/03/2026.

2025 montre cependant une réelle prise de conscience des enjeux. La France a adopté la TRACC (Trajectoire d’adaptation au changement climatique) qui pose le principe que les + 4°C vont être atteints d’ici à 2100. Le PNACC (Plan national d’adaptation au changement climatique) prévoit des actions pour s’adapter, compte tenu de la trajectoire, dans tous les domaines et en particulier sur l’habitat. En janvier 2026, un décret inscrit cette trajectoire dans le code de l’environnement.

Pour autant, au-delà de la prise de conscience, la traduction en politiques publiques reste centrée sur les enjeux techniques, fragmentée et freinée par l’absence de modèles économiques stabilisés. À la veille des municipales de mars 2026, nous voulons porter la conviction qu’il est nécessaire d’intégrer l’adaptation au changement climatique à l’ensemble des politiques sectorielles et d’en faire un fil conducteur des PLH dans une approche sociale et citoyenne.

Voici la tribune de Dominique Giry, président d’Espacité et fondateur du groupe muvo ancré dans l’économie sociale et solidaire de l’habitat (Espacité, Résidétape, Novétape, muvo et le R).


Changement climatique : fil conducteur des politiques locales de l’habitat porté avec les habitants

Dans un contexte de remise en cause de plusieurs politiques environnementales au niveau national et européen, et de certaines composantes des politiques locales (mobilité, densité et limitation de l’artificialisation des sols…), porter une ambition environnementale peut sembler risqué à l’occasion de la campagne municipale en cours.

Pourtant la campagne des élections municipales des 15 et 22/03/2026 ne peut y échapper car l’actualité récente nous rappelle l’urgence : inondations à répétition, tempêtes, canicules, tensions sur la ressource en eau. Le changement climatique affecte déjà concrètement les territoires et les conditions de vie des habitants, et l’habitat est en première ligne. Agir pour limiter l’impact carbone, préserver la biodiversité, limiter le changement climatique et ses effets, favoriser la qualité de l’air dans nos villes et la qualité de l’eau sur le territoire, est une nécessité pour les politiques publiques, à toutes les échelles, et notamment en matière d’habitat.

L’adaptation au changement climatique est une nécessité encore peu prise en compte par les politiques publiques

S’il s’agit d’atténuer le changement climatique, il est aussi urgent de s’adapter. Le changement climatique est aujourd’hui une réalité mais, sur ce volet adaptation, les politiques publiques sont encore moins structurées que sur la décarbonation et l’atténuation du changement climatique.

2025 montre cependant une réelle prise de conscience des enjeux. La France a adopté la TRACC Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique en France (Trajectoire d’adaptation au changement climatique), qui pose le principe que les + 4°C vont être atteints d’ici à 2100. Le PNACC Plan national d’adaptation au changement climatique (Plan national d’adaptation au changement climatique) prévoit des actions pour s’adapter, compte tenu de cette trajectoire, dans tous les domaines et en particulier sur l’habitat. En janvier 2026, un décret inscrit cette trajectoire dans le Code de l’Environnement. Remarquons aussi la publication de nombreux rapports, ouvrages ou l’organisation colloques consacrés à la question.

Pour autant, au-delà de cette prise de conscience, la traduction en politiques publiques reste centrée sur les enjeux techniques, fragmentée et freinée par l’absence de modèles économiques stabilisés. À la veille des municipales de mars 2026, nous voulons porter la conviction qu’il est nécessaire d’intégrer l’adaptation au changement climatique à l’ensemble des politiques sectorielles, et en particulier d’en faire un fil conducteur des politiques locales de l’habitat, dans une approche sociale et citoyenne.

Pour des politiques locales de l’habitat intégrant les enjeux d’adaptation au changement climatique

Les conséquences physiques du changement climatique sont connues à l’exemple :

  • de la surchauffe des logements et des îlots de chaleur qui accroissent les températures intérieures, en particulier dans les logements mal ventilés, mal isolés ou exposés ;
  • du retrait-gonflement des argiles renforcé par les sécheresses, qui fragilise les fondations et engendre des désordres structurels, mais aussi des coûts d’entretien et de rénovation potentiellement élevés, notamment dans le pavillonnaire ;
  • de la multiplication d’épisodes d’inondations, d’événements extrêmes (vents, orages…), d’incendies ou encore de sécheresses aigües ;
  • du recul du trait de côte et de l’accroissement des risques de submersion sur les littoraux ;
  • des difficultés renforcées d’accès à l’eau potable.

Ces questions sont de plus en plus documentées et des acteurs commencent à s’en emparer, comme les bailleurs sociaux ou l’ANRU • Établissement public à caractère industriel et commercial • Création : 2004 • Missions : apporter son soutien financier aux collectivités locales, aux établissements publics et aux organismes… qui les porte dans ses programmes d’investissement d’avenir. Des collectivités locales ont également engagé des actions volontaristes.

Mais au-delà d’apporter des réponses aux questions physiques posées par le changement climatique, il est essentiel de croiser cette approche avec les enjeux sociaux. Car les vulnérabilités sont encore plus élevées pour les ménages plus pauvres qui subissent des impacts accrus. Leurs logements peuvent être moins bien isolés et ventilés, sur-occupés, leurs conditions de travail peuvent aggraver les difficultés auxquelles ils sont confrontés (travail de nuit nécessitant de dormir le jour en épisode caniculaire, sur les chantiers, sans possibilité de télétravail…). Leur capacité à agir face à ces risques est aussi plus limitée : ils peuvent moins facilement changer de domicile ou effectuer des travaux pour adapter leur logement.

Des politiques locales qui embarquent les citoyens et favorisent le vivre-ensemble

Il s’agit également d’en faire une question citoyenne et portée dans le débat public local. Il n’est pas facile, en tant que maire ou candidat, d’expliquer aux habitants que leur maison va devenir inhabitable. Ou que leur commune pourrait devenir une île dans une temporalité plus ou moins lointaine comme à Gâvres. Ou encore que leur maison sera régulièrement inondée dans les années à venir alors qu’ils n’ont pas les moyens d’aller vivre ailleurs. Mais agir en anticipation est difficile à faire entendre. Le logement est au cœur de la vie des personnes. C’est là où ils se sentent « chez eux » et « protégés », où sont leurs réseaux de sociabilité.

Pourtant, un discours courageux est nécessaire et doit apparaître comme l’opportunité de chercher collectivement des solutions, de revisiter le vivre-ensemble et les solidarités sur un territoire. Il est possible d’imaginer, avec les habitants, des actions pour adapter les maisons au risque d’inondation à un coût supportable, ou encore d’organiser des modalités pour protéger les plus fragiles lors des canicules, ou des mécanismes d’entraide pour faire ses courses ou se rendre à des rendez-vous médicaux.

Anticiper, c’est aussi planifier les logements qui vont disparaître et compenser selon les besoins, prévoir les mobilités résidentielles induites, organiser une gestion économe et responsable de l’eau, incluant la définition de limites de capacités d’accueil, ou encore adapter les logements aux fortes chaleurs en limitant le recours à la climatisation électrique. C’est également mettre en place une véritable culture des risques liés au logement, en formant les habitants.

L’élaboration des futurs PLH Programme local de l’habitat - document stratégique de programmation qui inclut l’ensemble de la politique locale de l’habitat (parc public et privé, constructions nouvelles…) sera l’occasion d’en faire un sujet central des politiques de l’habitat

Ces quelques pistes d’actions peuvent trouver à nourrir les propositions pour les programmes municipaux et intercommunaux. L’élaboration des futurs Programmes Locaux de l’Habitat sera l’occasion d’en faire un sujet central des politiques de l’habitat, dans une approche large sur les besoins en logement, en nombre et en qualité, en associant les citoyens.

Chez Espacité • Agence conseil pluridisciplinaire • Activité : expertise en matière de politiques de l’habitat et de renouvellement urbain en collaboration avec le monde de la recherche • Création … , nous avons la conviction que ce sujet de l’adaptation, très concret pour leurs conditions de vie et leur santé, peut aussi être vecteur de lien social en favorisant les solidarités à l’échelle locale. Et nous formons le vœu que les mandats qui vont démarrer en mars prochain seront ceux de l’action pour l’adaptation au changement climatique, vecteur du mieux vivre-ensemble dans les quartiers, les villes et les villages.

Cela ne résout pas la question de la solidarité à l’échelle nationale, notamment des solidarités économiques avec les territoires soumis aux aléas les plus extrêmes. Cela ne résout pas non plus la question économique globale posée par les enjeux d’adaptation, à articuler avec la question assurantielle. Mais faisons le pari que de partir d’actions planifiées, concrètes, construites avec les habitants à l’échelle locale permettra d’avancer aussi à l’échelle nationale !

La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. La prochaine édition, le 28/08/2026 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques), sera dédiée à l’élection présidentielle de 2027. Jean-Luc Berho est président de Soliha Solidaires pour l’habitat, réseau PACT et réseau Habitat & Développement Pays basque, président du conseil de surveillance de la Coopérative de l’immobilier à Toulouse, administrateur de l’association Aurore, administrateur d’Espacité et membre du Conseil national de l’habitat. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.

Dominique Giry


• Né en 1948

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Parcours

Résidétape (groupe muvo)
Président
Espacité
Président
Conseil de développement (Codev) du Val-de-Marne
président-fondateur
Logeo Seine Estuaire
Président honoraire
ADIL Val-de-Marne
Président
Logeo Méditerranée
Président
Groupe Logeo (ESH)
Directeur général

Fiche n° 35558, créée le 11/06/2019 à 17:28 - MàJ le 05/03/2026 à 16:04

Espacité

• Agence conseil pluridisciplinaire
• Activité : expertise en matière de politiques de l’habitat et de renouvellement urbain en collaboration avec le monde de la recherche
• Création : 1997
• Statut : SAS
• Président : Dominique Giry
• Directrice générale déléguée : Émilie Belval-Lavillonnière
• Directrice opérationnelle : Géraldine Chalencon,
• Effectif : vingtaine de personnes (géographes, urbanistes, sociologues, économistes…)
• Tél. : 01 45 17 93 53
• Siège : Saint-Maur-des-Fossés (94)


Catégorie : Cabinet d'expertise, études et ingénierie


Adresse du siège

17 avenue des Genettes
94100 Saint-Maur-des-Fossés France


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Fiche n° 8763, créée le 13/06/2019 à 11:12 - MàJ le 06/03/2026 à 12:10

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Dominique Giry - ©  Hugo Lebrun