Quand se loger devient un privilège, c’est le pacte social qui vacille (Édouard Morlot, UNIS)
À l’heure où la France entre dans une nouvelle séquence de la « présidentielle » en 2027, le logement mérite anticipation et vision. Car ce que révèle la crise de l’immeuble, c’est la crise du collectif. Si l’on n’y répond pas, c’est la capacité de la France à se gouverner elle-même - au-delà de la crise immobilière - qui est en cause, écrit Édouard Morlot
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, nouveau président de l’UNIS
Unis (Union des syndicats de l’immobilier)
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• Adhérents : agents immobiliers, mandataires, indépendants, gestionnaires locatifs, administrateurs, de biens experts et…
(Union des syndicats de l’immobilier), le 17/06/2026.
Notre capacité à construire du collectif est mise à l’épreuve. Le logement traverse une période de profondes mutations. Les habitants sont plus mobiles. Les parcours résidentiels se raccourcissent. Les usages évoluent. Le vieillissement de la population modifie les besoins. Les attentes en matière de confort, de santé et de qualité de vie se renforcent. Dans le même temps, la transition climatique impose d’adapter massivement notre parc immobilier. Or nous demandons aux immeubles de se transformer à long terme alors même que leurs occupants sont de plus en plus souvent de passage.
La véritable question n’est peut-être pas seulement de savoir comment loger les Français. Elle est de savoir comment continuer à habiter ensemble. Et lorsqu’une société ne parvient plus à répondre à cette question, c’est son pacte social qui commence à vaciller.
Voici la tribune d’Édouard Morlot dans la perspective des Entretiens d’Inxauseta le 28/08/2026 sur le thème du logement à l’épreuve des choix politiques.
Quand se loger devient un privilège, c’est le pacte social qui vacille
À l’heure où la France entre dans une nouvelle séquence dès la « présidentielle » en 2027, le logement mérite anticipation et vision. Car ce que révèle la crise de l’immeuble, c’est la crise du collectif. Si l’on n’y répond pas, c’est la capacité de la France à se gouverner elle-même - au-delà de la crise immobilière - qui est en cause.
La copropriété, miroir de la FrancePour comprendre l’état de la société française, il n’est pas toujours nécessaire d’observer les grands débats nationaux. Il suffit parfois d’entrer dans une copropriété. Derrière une porte d’immeuble se rencontrent des générations différentes, des niveaux de revenus variés, des modes de vie parfois opposés. Certains sont propriétaires occupants, d’autres locataires. Certains envisagent leur logement pour quelques années, d’autres pour plusieurs décennies. Certains préparent l’avenir de leurs enfants, d’autres cherchent simplement à préserver leur pouvoir d’achat.
Tous partagent pourtant une même adresse. La copropriété est souvent perçue comme une réalité juridique ou administrative. Elle est en réalité un extraordinaire laboratoire du vivre-ensemble. Une petite démocratie de proximité où des personnes qui ne se sont pas choisies doivent apprendre à décider ensemble.
À bien des égards, elle ressemble à notre société. Les débats y sont parfois vifs. Les intérêts peuvent diverger. Les contraintes financières sont inégalement réparties. Les priorités ne sont pas toujours les mêmes. Pourtant, il faut trouver des compromis, voter des budgets, anticiper l’avenir, entretenir le patrimoine commun et préparer les transformations nécessaires.
Capacité à construire du collectif ?
Cette capacité à construire du collectif est mise à l’épreuve. Le logement traverse une période de profondes mutations. Les habitants sont plus mobiles. Les parcours résidentiels se raccourcissent. Les usages évoluent. Le vieillissement de la population modifie les besoins. Les attentes en matière de confort, de santé et de qualité de vie se renforcent. Dans le même temps, la transition climatique impose d’adapter massivement notre parc immobilier. Or nous demandons aux immeubles de se transformer à long terme alors même que leurs occupants sont de plus en plus souvent de passage.
Comment construire une vision commune lorsque chacun vit selon un horizon différent ? Comment engager des projets collectifs lorsque les contraintes économiques pèsent sur les décisions individuelles ? Comment investir pour demain lorsque les préoccupations du quotidien occupent déjà toute la place ? Ces questions dépassent largement le secteur immobilier. Elles touchent au cœur même de notre contrat social.
La transition écologique en fournit une illustration frappante. Rénover un immeuble, améliorer sa performance énergétique ou adapter ses équipements ne relève pas seulement de la technique. C’est avant tout une aventure collective. Il faut convaincre, expliquer, arbitrer, accompagner. Il faut accepter qu’un projet commun puisse parfois primer sur des intérêts individuels immédiats.
Cette dimension humaine est souvent sous-estimée. Le confinement en a pourtant démontré toute l’importance. Pendant plusieurs mois, le logement a accueilli toutes les fonctions de la vie sociale. Il est devenu bureau, école, salle de sport, lieu de culture et refuge familial. Il a également révélé des formes de solidarité inattendues entre voisins, générations et habitants d’un même immeuble.
Transformation démographique majeure
Le logement est apparu pour ce qu’il est réellement : une infrastructure sociale essentielle. Pourtant, nous continuons souvent à l’aborder sous un angle exclusivement économique ou réglementaire. C’est une erreur. Le logement est aussi une question de santé, de qualité de vie, de cohésion sociale et de confiance collective. Il est le premier espace où se vivent concrètement les principes de respect mutuel, de responsabilité et de solidarité.
Les décennies qui viennent rendront cette réalité encore plus visible. La France s’apprête à connaître une transformation démographique majeure. Le vieillissement de la population et les importantes transmissions patrimoniales qui l’accompagneront modifieront profondément la composition de nombreuses copropriétés et de nombreux quartiers. Les usages de la propriété évolueront. Les attentes des habitants également. Dans ce contexte, la valeur d’un logement ne pourra plus être appréciée uniquement à travers sa localisation, sa surface ou sa performance énergétique. La qualité de la vie collective, la capacité à mener des projets communs et la résilience des communautés résidentielles deviendront elles aussi des critères déterminants.
Projets communs et résilience des communautésLes professionnels de l’immobilier sont au premier rang pour observer ces évolutions. Ils savent que les immeubles ne sont pas seulement des bâtiments. Ce sont des communautés humaines en mouvement. Ils savent également qu’aucune transition ne réussira sans l’adhésion de celles et ceux qui y vivent. C’est pourquoi le logement mérite de retrouver une place centrale dans notre réflexion collective. Non seulement parce qu’il faut construire, rénover et adapter notre parc immobilier, mais aussi parce qu’il faut préserver ce qui permet à une société de tenir ensemble : la capacité de ses membres à partager des espaces, des responsabilités et un destin commun.
Car au fond, la véritable question n’est peut-être pas seulement de savoir comment loger les Français. Elle est de savoir comment continuer à habiter ensemble. Et lorsqu’une société ne parvient plus à répondre à cette question, c’est son pacte social qui commence à vaciller. Aux Entretiens d’Inxauseta, le 28/08/2026 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques), posons-nous la question : « Est-on encore capable de vivre ensemble ? ». Et aux candidats à l’élection présidentielle, l’interpellation sera simple et directe : « Avez-vous un plan ou pas ? ».
Rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho
La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. La prochaine édition, le 28/08/2026 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques), sera dédiée à l’élection présidentielle de 2027. Jean-Luc Berho est président de Soliha Solidaires pour l’habitat, réseau PACT et réseau Habitat & Développement Pays basque, président du conseil de surveillance de la Coopérative de l’immobilier à Toulouse, administrateur de l’association Aurore, administrateur d’Espacité et membre du Conseil national de l’habitat. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.
Édouard Morlot
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Fiche n° 56609, créée le 17/06/2026 à 14:09 - MàJ le 17/06/2026 à 14:12
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Unis (Union des syndicats de l’immobilier)
• Organisation professionnelle
• Adhérents : agents immobiliers, mandataires, indépendants, gestionnaires locatifs, administrateurs, de biens experts et promoteurs-rénovateurs
• Création : 2009
• Président : Édouard Morlot
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Fiche n° 7435, créée le 20/07/2018 à 04:23 - MàJ le 17/06/2026 à 14:13
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• Association Supastera / Les Entretiens d’Inxauseta
• Création : 1982
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• Président : Jean-Luc Berho
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Fiche n° 7547, créée le 29/08/2018 à 12:35 - MàJ le 19/06/2026 à 12:37

