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Passer d’une politique du logement à une politique de l’habitat (Christine Leconte, CNOA)

News Tank Cities - Paris - Tribune n°241329 - Publié le 04/02/2022 à 10:00
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©  Anne-Claire Héraud
Christine Leconte, présidente du CNOA depuis juin 2021 - ©  Anne-Claire Héraud

L'élection présidentielle approche et nous attendons toujours des candidats qu’ils mettent au cœur de leurs propositions les enjeux touchant la vie « de tous les jours » des Français :  mal logement, adaptation de nos villes au vieillissement de la population, réchauffement climatique, risques majeurs touchant nos territoires… Anticiper devrait être la base de l’action politique, même si bien souvent l’anticipation n’est pas électoraliste… puisque les résultats de l’action politique se mesurent sur un temps long, écrit Christine Leconte Architecte @ Conseil de l’Etat DRAC Normandie • Gérante @ Atelier K.N. Architecture • Présidente @ Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA)
• Christine Leconte architecte-urbaniste, est…
, présidente du CNOA Conseil national de l’ordre des architectes (Conseil national de l’Ordre des architectes), dans une tribune adressée à News Tank, le 03/02/2022.

L’urgence n’est plus à démontrer : chaque crise aujourd’hui se ressent directement sur les choix urbains qui ont été fait depuis des années. La crise des gilets jaunes et la dépendance au pétrole dans le périurbain, les confinements successifs et le surpeuplement des logements dans les villes denses, les canicules qui rendent la vie impossible si la ville et les bâtiments ne sont pas adaptés. Nombreux sont les sujets, qui ont des réponses ou des solutions mais pour lesquels nous faisons la « politique de l’autruche ».

Christine Leconte prépare un livre intitulé « Réparons la ville, propositions pour nos villes et nos territoires » avec l’urbaniste Sylvain Grisot Urbaniste consultant en transformation de la ville et fondateur @ Dixit.net • Intervenant au Design Lab Ville Durable @ École de design Nantes Atlantique • Maître de Conférence associé (labo… , à paraître le 09/02/2022. Elle prône une démarche d’aménagement basée sur la « réparation de la ville » pour limiter le gaspillage des sols, des ressources et la démolition du bâti existant. Depuis 3 ans, elle est architecte conseil de l’État pour la région Normandie. Elle enseigne le projet architectural et urbain à l’école Nationale d’architecture de Versailles en tant que maître de conférence associée.

Voici la tribune de Christine Leconte.


« Passer d’une politique du logement à une politique de l’habitat »

L'élection présidentielle approche et nous attendons toujours des candidats qu’ils mettent au cœur de leurs propositions les enjeux touchant la vie « de tous les jours » des Français :  mal logement, adaptation de nos villes au vieillissement de la population, réchauffement climatique, risques majeurs touchant nos territoires… Anticiper devrait être la base de l’action politique, même si bien souvent l’anticipation n’est pas électoraliste… puisque les résultats de l’action politique se mesurent sur un temps long.

L’urgence n’est plus à démontrer : chaque crise aujourd’hui se ressent directement sur les choix urbains qui ont été fait depuis des années. La crise des gilets jaunes et la dépendance au pétrole dans le périurbain, les confinements successifs et le surpeuplement des logements dans les villes denses, les canicules qui rendent la vie impossible si la ville et les bâtiments ne sont pas adaptés. Nombreux sont les sujets, qui ont des réponses ou des solutions mais pour lesquels nous faisons la « politique de l’autruche ».

Notre système de fabrication de la ville est devenu purement économique »

Certes, une politique du logement existe. Elle consiste depuis des années à vouloir provoquer le « choc de l’offre »… qui n’arrive jamais. Il suffirait de construire plus de logements neufs pour remédier au problème. Mais il faut avouer que cela ne marche pas, même si cela sert à faire tourner une certaine économie du bâtiment orientée autour de la construction neuve à bas coût, sans produire pour autant des logements de qualité, abordables.

Notre système de fabrication de la ville est devenu purement économique à tel point que nous en oublions qu’il façonne notre vie en société pour des décennies : s’occuper du cadre de vie des français, c’est en quelques sorte spatialiser notre démocratie. Nous devons passer d’une vision politique sectorielle du logement à une vision systémique de l’habitat qui engloberait, bien plus que la cellule logement les environnements dans lesquels nous vivons.

« Arrêter les politiques sectorielles et en silo face à un territoire vulnérable et aux besoins des Français »

Si l’on veut répondre aux besoins des Français, il faut regarder au plus proche leurs conditions de vie. Qui aspire aujourd’hui à dépenser la moitié de son salaire, voire plus pour habiter un lieu trop petit, mal desservi et loin de son travail ? Se loger, se déplacer, travailler. Les trois sujets doivent être beaucoup plus liés. Force est de constater que la question de l’aménagement et de l’équilibre des territoires est trop peu évoqué par les candidats à l’élection présidentielle.

Comme si cela était consensuel ! Nous dépassons aujourd’hui ce stade car les enjeux écologiques nous obligent également à imaginer le « ménagement » de notre territoire : canicule, aléas météo… Le rapport du GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat - Principal organe international chargé d’évaluer le changement climatique créé en 1988 par le PNUE et l’OMM nous montre à quel point notre territoire est vulnérable. Encore une fois, il nous faut anticiper pour éviter des crises majeures et des vies brisées. Nous ne pourrons pas indéfiniment décréter l’état de catastrophe naturelle.

Nous possédons un stock de logements vacants »

Il nous faut donc une vision globale. Un Ministère « délégué » au logement qui n’aurait pas les coudées franches pour articuler les politiques publiques ne résoudra jamais ces défis. Il faut répondre à la demande de logements autrement qu’en proposant de construire toujours plus et plus vite au détriment du « mieux » notamment dans les zones déjà tendues. Certes il faut construire, et surtout du logement social au regard du nombre de Français éligibles.

Mais nous possédons un stock de logements vacants (de 3 millions, dont 600 000 dans les villes moyennes éligibles au programme action cœur de ville) sur tout le territoire. L’équilibre de chaque territoire, partir des ressources de chaque lieu et affirmer la coopération entre tous, est la clé. La complémentarité des politiques publiques est indispensable pour n’oublier personne mais également pour faire rayonner la France et éviter que ce que nous avons déjà ne se dégrade. Et tant mieux si cela permet de créer de nouvelles économies, relance le tourisme, tout en partant des ressources locales !

« Pour conjuguer les aspirations habitantes et les enjeux écologiques, la densité passera par la qualité des logements produits »

À bien des égards aujourd’hui nous devons enrayer l’étalement urbain et toutes les politiques qui le conforte. Il est difficile d’accepter que certains territoires accueillent de vastes centres commerciaux neufs, ou des lotissements très étendus sur des sols préservés de toute urbanisation. Le tout au détriment des commerces ou des logements vacants situés dans le centre des villes proches…

Mais surtout nous oublions que nous devons préserver nos sols, et la biodiversité, base de la vie sur la Terre. Le résultat, c’est que la ville continue de s’étendre et de dévorer la campagne, au lieu de se réinventer en son cœur. Nous devons accompagner les maires dans ces transitions.

Nous devons accompagner les maires dans ces transitions »

La problématique, c’est que nous avons tendance à opposer le rêve de la maison individuelle, d’un côté, et les logements collectifs trop exigus en centre-ville, de l’autre. En réalité, il y a une immense palette de typologies architecturales possibles entre les deux ! Ne confondons pas formes et usages. Faisons confiance à la création architecturale : donnons-nous les moyens de répondre à ces enjeux. Le challenge va être de réussir la densité positive, celle qui conjuguera les aspirations des citoyens (calme, confort, relation aux espaces extérieurs, proximité) et les enjeux écologiques. Nous devons passer d’un urbanisme individualisé où la voiture est reine, vers un urbanisme du partage. Beaucoup de solutions existent adaptées à chaque territoire.

Pour cela, le logement ne doit plus être vu comme un simple produit financier. Au regard des enjeux écologiques, l’intérêt général doit primer avant tout. Les politiques et aides de l'État doivent être fléchées pour qu’en cœur des villes, nous retrouvions des logements de qualité, abordables, qui répondent aux besoins de tous les habitants (familles, jeunes, ou personnes âgées) Certaines politiques d’État font encore le grand écart pour éviter de froisser des économies bien installées. Il faut avoir le courage politique de les réorienter et d’aider les professionnels à faire muter leurs pratiques. Des États Généraux de l’Habitat seraient à cet égard bienvenus. Nous y prendrions toute notre part.

« Réparer massivement l’urbanité existante, développer l’architecture de circuit court »

Aujourd’hui, le secteur du bâtiment est toujours responsable de 40 % des émissions de GES Gaz à effet de serre dans le monde. En France, 66 % des déchets proviennent du BTP et des infrastructures. D’un autre côté, la pénurie de matériaux, conjoncturelle pour le moment risque de s’accentuer sur le long terme au regard du niveau des ressources mondiales non renouvelables. En somme, d’un côté, nous produisons trop de déchets, de l’autre, on manque de matériaux…

La solution, c’est une véritable désintoxication de notre marché quant aux projets neufs. Nous devons apprendre à partir de l’existant, et à nous dire systématiquement que ce qui est déjà là est une source de matière à utiliser pour construire. Il faut développer l’innovation et la recherche de bon sens : de cette manière, au lieu de gaspiller l’environnement, nous construirons en harmonie avec lui.

Le besoin d’un portage interministériel »

L’architecture en tant que discipline d’intérêt général est une solution indispensable pour réussir la transition écologique et sociale de notre pays. Aujourd’hui cette discipline, comme celle du paysage sont mal considérées et peu associées aux décisions. Les architectes seront présents pour porter ce message. Nous attendons du prochain Gouvernement qu’il propose un grand plan stratégique autour de l’architecture en s’appuyant sur les derniers rapports qui ont été produits ces dernières années et qui aujourd’hui auraient besoin d’un portage interministériel.

Il s’agit d’investir sur l’avenir, en déployant des solutions efficaces, de mieux équilibrer ce qui aujourd’hui est arrivé au climax d’une économie de marché qui ne permet pas de garantir une qualité de vie à nos concitoyens.

La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. L'édition 2021 a eu lieu le 27/08/2021 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques) sur la thématique : « Présidentielle 2022 : plaçons l’habitat au cœur du projet politique ». Jean-Luc Berho est également président de la Coopérative de l’immobilier, à Toulouse. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.

Christine Leconte


• Christine Leconte architecte-urbaniste, est élue le 10/06/2021 présidente du Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA). Elle a été à la tête du Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Ile-de-France (Croaif), d’octobre 2017 à mars 2021 .

• Diplômée en 2004 de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, elle crée directement son agence au sortir des études. Ses centres d’intérêt l’amènent à travailler sur les relations entre grands territoires et ressources en eau, entre la petite et la grande échelle. En parallèle de son agence, elle a exercé en tant qu’architecte-conseil sur les questions d’urbanisme, de développement durable, et de planification durant 8 ans au CAUE de l’Essonne. Elle s’attache à accompagner, informer et sensibiliser les élus pour aider au développement d’un urbanisme conscient de son environnement. Dans ces différentes missions, elle insiste sur l’analyse des milieux et sur la recherche des ressources locales permettant une approche raisonnée des projets.

Pour que la qualité architecturale soit accessible à tous et à tous les territoires, elle s’investit lors de la préparation et l’examen de loi LCAP de 2016, notamment sur les questions d’aménagement urbain et de l’architecture du quotidien.

• Lauréate du Palmarès des jeunes urbanistes en 2010, elle est enseignante à l’ENSA de Versailles où elle enseigne le regard sur la ville contemporaine, et développe un enseignement sur l’environnement de l’architecture pour aider les futurs architectes à replacer leurs pratiques au plus près des enjeux.

Experte auprès d’Europan France et Architecte-conseil de l’Etat auprès de la Drac Normandie.

• Elle a été nommée par le ministère de la Culture co-pilote d'un groupe de travail sur la « valeur de l’architecture », groupe qui se veut poursuivre le travail de la stratégie nationale pour l’architecture (SNA) et rendre opérationnelle les mesures essentielles de celle ci, dans un contexte législatif très « tendu » pour l’architecture.




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Parcours

Conseil régional de l’Ordre des architectes IDF (CROA IDF)
Présidente
Atelier K.N. Architecture
Gérante
Conseil de l’Etat DRAC Normandie
Architecte
Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Île-de-France
Membre élue
CAUE de l’Essonne
Architecte Urbaniste Conseil
École nationale supérieure d’architecture de Versailles (Ensav).
Enseignante

Établissement & diplôme

Ensa-V (École nationale supérieure d’architecture de Versailles)
Architecte DPLG

Fiche n° 30012, créée le 12/04/2018 à 23:33 - MàJ le 10/01/2023 à 17:35

Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA)

Organisme de droit privé chargé de missions de service public, institué par la loi du 03/01/1977 sur l’architecture
• Placé sous la tutelle du ministre de la Culture et de la Communication
• Constitué de 29 906 architectes
• Composé de 17 conseils régionaux et d’un conseil national
Présidente : Christine Leconte
Vice-présidents : Marjan Hessamfar-Verons et Valérie Flicoteaux
Secrétaire national : Vincent Toffaloni
Trésorier : Christophe Millet
• Tél. : 01 56 58 67 00


Catégorie : Fédération professionnelle


Adresse du siège

33 avenue du Maine
BP 154
75755 Paris Cedex 15 France


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Fiche n° 6727, créée le 07/03/2018 à 14:38 - MàJ le 30/05/2022 à 13:13

©  Anne-Claire Héraud
Christine Leconte, présidente du CNOA depuis juin 2021 - ©  Anne-Claire Héraud