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Logement et transition : l’usage doit être la boussole (Annaïg Le Meur, présidente du CNH)

News Tank Cities - Paris - Tribune n°428328 - Publié le
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Annaïg Le Meur, députée du Finistère et présidente du CNH - ©  D.R.

Les manifestations du dérèglement climatique ne sont plus des hypothèses de travail, elles sont des réalités physiques et quotidiennes qui frappent nos territoires : vagues de chaleur extrême, pluies torrentielles, sécheresses prolongées, submersions marines ou vents violents. Dans ce contexte de rupture, il devient impératif de réinterroger nos modèles de développement, et en particulier notre manière de concevoir, de construire et d’habiter les logements, écrit Annaïg Le Meur Présidente @ Conseil national de l’habitat • Députée de la 1ère circonscription du Finistère @ Assemblée nationale
, députée du Finistère et présidente du Conseil national de l’habitat, dans une tribune adressée à News Tank le 28/01/2026.

Ma conviction est que cette transition doit être abordée de manière systémique, à l’intersection des politiques de construction, d’aménagement, de rénovation et de mobilité, sans jamais oublier les dynamiques sociales et démographiques. L’un de nos premiers impératifs est de renforcer la protection des logements face aux contraintes qui s’accentuent.

Nous devons encourager l’émergence de modèles innovants comme le co-living, les résidences intergénérationnelles, qui permettent de lutter contre l’isolement social, ou la modularité des espaces intérieurs pour une transformation progressive des pièces. Penser le logement comme un espace flexible, adapté à la fois pour vivre, travailler, apprendre et accueillir, c’est répondre à une réalité sociale et écologique.

Voici la tribune d’Annaïg Le Meur.


Impératif de réinterroger nos modèles de développement

Les manifestations du dérèglement climatique ne sont plus des hypothèses de travail, elles sont désormais des réalités physiques et quotidiennes qui frappent nos territoires : vagues de chaleur extrême, pluies torrentielles, sécheresses prolongées, submersions marines ou vents violents. Dans ce contexte de rupture, il devient impératif de réinterroger nos modèles de développement, et en particulier notre manière de concevoir, de construire et d’habiter les logements.

Le secteur du bâtiment représente à lui seul près de 25 % des émissions de gaz à effet de serre en France. Il constitue donc un levier essentiel de la transition écologique, non seulement pour limiter notre empreinte environnementale, mais aussi pour adapter nos lieux de vie aux nouvelles réalités climatiques qui s’imposent à nous avec une violence croissante.

Renforcer la protection des logements

Ma conviction est que cette transition doit être abordée de manière systémique, à l’intersection des politiques de construction, d’aménagement, de rénovation et de mobilité, sans jamais oublier les dynamiques sociales et démographiques. L’un de nos premiers impératifs est de renforcer la protection des logements face aux contraintes qui s’accentuent : températures estivales élevées, désordres structurels liés au retrait-gonflement des argiles ou encore risques de submersion en zone littorale. Pour réussir ce basculement, nous devons placer l’usage au cœur de chaque étape du cycle de vie du bâtiment, car c’est par l’expérience vécue de l’habitant que la transition deviendra acceptable et durable.

« J’ai besoin d’un terrain » : le foncier en tension, la sobriété en ligne de mire

Cette réflexion commence par la terre elle-même, socle de tout projet de vie. Le foncier est devenu un bien rare et cher, notamment dans les zones tendues où la pression démographique entre en conflit avec la préservation des espaces naturels. Dans ce contexte, la sobriété foncière devient une priorité absolue, tant pour répondre aux besoins en logement que pour respecter nos objectifs environnementaux. L’objectif de ZAN Zéro artificialisation nette - Objectif de réduction de la consommation d’espace à zéro unité nette de surface consommée en 2050, fixé par le plan Biodiversité du Gouvernement en juillet 2018 nous oblige à une véritable révolution intellectuelle : il nous faut optimiser chaque mètre carré déjà artificialisé et redonner de la valeur aux espaces délaissés, aux friches industrielles et aux cœurs de villes parfois désertés.

Il s’agit de ne plus construire systématiquement en extension, une pratique qui a conduit à l’étalement urbain et à la dépendance automobile, mais d’intensifier les usages du bâti existant par une densification intelligente. Cela passe par la division de parcelles, les surélévations audacieuses ou la mobilisation des interstices urbains tels que les dents creuses et les parkings sous-utilisés.

Densité, source de désirabilité et non de contrainte

Nous devons réinterroger l’organisation urbaine en transformant, par exemple, les zones commerciales périphériques en véritables quartiers de vie denses, végétalisés et connectés. L’urbanisme de demain ne doit plus être une conquête spatiale au détriment de la biodiversité, mais une transformation fine fondée sur l’usage, la qualité de vie et la résilience territoriale. Cette nouvelle approche du sol demande de l’ingénierie territoriale et une volonté politique forte pour faire de la densité une source de désirabilité et non de contrainte.

« Je peux construire durable » : normes environnementales et gestion des matériaux

Une fois le terrain identifié et son potentiel optimisé, la phase de construction devient cruciale pour limiter l’empreinte carbone du logement sur toute sa durée de vie. Cela suppose des choix réfléchis dès la conception, avec une attention particulière à la performance environnementale globale. Construire durable aujourd’hui, c’est choisir des matériaux et des procédés compatibles avec les enjeux climatiques, tout en maîtrisant le réemploi et le recyclage. Avec la Responsabilité élargie du producteur (REP Responsabilité élargie des producteurs ), nous structurons ces pratiques pour gérer efficacement les 46 millions de tonnes de déchets générés annuellement par le secteur du bâtiment, transformant ce qui était un coût en une ressource pour l’économie circulaire.

La réglementation RE 2020 Réglementation environnementale 2020  renforce ces exigences en intégrant l’empreinte carbone totale sur le cycle de vie, favorisant ainsi massivement les matériaux biosourcés et géosourcés. Parallèlement, le label BBC Bâtiment basse consommation - dont la consommation énergétique globale est inférieure à 50 kWh d’énergie/an/m² dans le neuf ; 40 à 75 kWh/an/m² selon l’altitude et 80 kWh/an/m² dans l’existant rénové garantit une performance énergétique élevée via une isolation thermique renforcée, une étanchéité à l’air rigoureuse et un recours accru aux énergies renouvelables. Mais au-delà des normes, c’est une transformation profonde des pratiques professionnelles et des filières du bâtiment qui est à l’œuvre. Les architectes, les ingénieurs et les artisans doivent réapprendre à travailler avec la matière, à privilégier la basse technicité (l (par opposition au high-tech) subvenir aux besoins essentiels du quotidien sans faire appel à des technologies complexes, sophistiquées, réputées énergivores ow-tech) lorsque c’est possible, et à anticiper dès aujourd’hui la déconstruction future du bâtiment pour en faciliter le recyclage. L’ambition est claire : faire de l’acte de bâtir un acte de régénération écologique.

« Si je veux louer… » : qualité du parc locatif et responsabilité du bailleur

Cette exigence de qualité doit se prolonger naturellement dans la gestion quotidienne du parc locatif, car la transition écologique ne s’arrête pas à la remise des clés. Louer un logement aujourd’hui, c’est répondre à une exigence de confort, de décence et de sécurité dans un cadre juridique largement renforcé. Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE Diagnostic de performance énergétique - évaluation pour un logement ou d’un bâtiment, en évaluant sa consommation d’énergie et son impact en terme d’émissions de gaz à effet de serre ) est devenu l’outil central pour informer les occupants et lutter contre le fléau des passoires thermiques qui pèsent sur le budget des ménages les plus modestes. Le calendrier est désormais connu de tous : l’interdiction de location des logements classés G est déjà une réalité, et elle s’étendra progressivement aux classes F en 2025 puis E en 2028, créant un choc de rénovation nécessaire.

S’inscrire physiquement et culturellement dans son territoire

Pour accompagner cette transition parfois complexe pour les propriétaires, l’État mobilise des dispositifs d’aide massifs comme MaPrimeRénov’ou les prêts à taux zéro (PTZ) pour travaux. Mais au-delà de la seule performance thermique, le bailleur a une responsabilité croissante en matière de santé environnementale. La qualité de l’air intérieur, la gestion de l’humidité et la lutte contre l’insalubrité sont des enjeux de dignité pour les locataires. Demain, louer un logement, c’est garantir un cadre de vie adapté aux nouveaux usages et aux vulnérabilités, incluant impérativement le rafraîchissement passif pour faire face aux nuits tropicales, la protection contre les nuisances sonores urbaines et la sécurisation des accès pour les personnes à mobilité réduite ou en perte d’autonomie.

« Je connais mon territoire » : l’adaptation locale comme levier d’efficacité

Un logement durable ne peut être pensé de manière déconnectée de son environnement, ce que l’on appelle parfois le hors-sol. Il doit s’inscrire physiquement et culturellement dans son territoire, répondre à ses spécificités climatiques propres et s’appuyer sur ses ressources endogènes. Valoriser les savoirs locaux et les matériaux de proximité, comme l’ardoise en Bretagne, le chaume en Normandie, la pierre dans les Cévennes ou les lauzes en Aveyron, permet de soutenir les filières économiques locales tout en réduisant drastiquement l’énergie grise liée au transport. C’est une démarche qui réconcilie l’écologie avec l’identité architecturale de nos régions.

L’adaptation locale consiste également à intégrer des solutions passives face aux risques spécifiques de chaque zone : orientation des ouvertures pour capter ou se protéger du soleil, végétalisation endogène pour lutter contre les îlots de chaleur, jardins partagés pour la biodiversité et gestion durable des eaux pluviales à l’échelle de la parcelle. Penser l’usage, c’est aussi limiter les déplacements contraints en favorisant la proximité immédiate des transports et des services de proximité, tout en développant des tiers-lieux pour le télétravail au sein même des quartiers résidentiels. Il s’agit de concevoir des logements réversibles, capables de s’adapter aux changements d’affectation sans nécessiter de lourdes démolitions, respectant ainsi la mémoire et l’énergie déjà investie dans le lieu.

« Mes besoins changent » : penser un habitat évolutif et inclusif

Enfin, parce que la vie des habitants n’est pas une ligne droite figée, le logement ne doit pas l’être non plus. Il doit avoir la capacité d’accompagner les grandes transformations sociales, démographiques et professionnelles de notre époque. Les parcours de vie varient entre périodes de vie de famille, de solitude, de travail à domicile ou de besoin de soins, mais nos logements restent encore trop souvent rigides et standardisés sur des modèles du siècle dernier. Le vieillissement accéléré de la population, la diversité des schémas familiaux et l’essor durable du télétravail appellent à beaucoup plus de souplesse architecturale.

Pour l’émergence de modèles innovants

Nous devons encourager l’émergence de modèles innovants comme le co-living, les résidences intergénérationnelles qui permettent de lutter contre l’isolement social, ou la modularité des espaces intérieurs pour une transformation progressive des pièces. Penser le logement comme un espace flexible, adapté à la fois pour vivre, travailler, apprendre et accueillir, c’est répondre à une réalité sociale et écologique tout en évitant des déménagements fréquents et des mobilités contraintes souvent mal vécues. L’inclusion doit être au cœur de cette réflexion : un habitat qui n’est pas accessible au plus grand nombre, quelles que soient les étapes de la vie, ne peut être considéré comme durable.

La transition écologique du logement ne peut se réduire à une somme d’injonctions techniques ou à une simple mise aux normes réglementaires. Elle doit s’inscrire dans une démarche globale, à la fois progressive, territorialisée et profondément humaine. Il s’agit de proposer des solutions concrètes de réappropriation de l’existant, de refonder l’urbanisme sur des bases réellement durables et d’intégrer l’environnement au cœur de chaque projet d’aménagement, du petit projet de rénovation individuelle au grand plan d’aménagement urbain. En utilisant l’usage comme boussole permanente, nous ne nous contentons pas de construire ou de rénover des parois : nous apprenons collectivement à habiter autrement, avec une conscience accrue de nos interdépendances et une volonté de bâtir un avenir protecteur dans un monde en mutation rapide.

Conseil national de l’habitat • Missions : instance de consultation placée auprès du ministre chargé de la construction et de l’habitation. Le CNH est consulté sur toutes mesures relatives au barème, au financement et au…

La rubrique est dirigée par Jean-Luc Berho (berhoji@laposte.net), créateur des Entretiens d’Inxauseta, événement annuel dédié aux politiques du logement et de l’habitat. La dernière édition le 29/08/2025 à Bunus (Pyrénées-Atlantiques) a été dédiée au logement en Europe. Jean-Luc Berho est président de Soliha Pays basque, président du conseil de surveillance de la Coopérative de l’immobilier à Toulouse, administrateur de l’association Aurore, administrateur d’Espacité et membre du Conseil national de l’habitat. La rubrique a vocation à mettre en exergue des avis experts sur l’accès au logement, le parcours résidentiel, la politique de la ville, l’urbanisme et l’aménagement des territoires, en France et à l’international.

Annaïg Le Meur

Email : annaig.lemeur@assemblee-nationale.fr

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Parcours

Assemblée nationale
Députée de la 1ère circonscription du Finistère
Agence nationale de l’habitat
Membre du conseil d’administration

Établissement & diplôme

Ministère de la Santé
Diplôme d’État en masso-kinésithérapie

Fiche n° 50168, créée le 19/10/2023 à 13:28 - MàJ le 30/04/2026 à 16:22


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Annaïg Le Meur, députée du Finistère et présidente du CNH - ©  D.R.